mercredi 23 janvier 2019

Panama: Le Canal et la suite



13 Décembre

Après avoir bien profité des Iles San Blas pendant 5 semaines, nous sommes revenus au continent afin de préparer nos prochaines grandes étapes : la traversée du fameux Canal de Panama, la demande de séjour prolongé en Polynésie française, les différents travaux sur le bateau, le ravitaillement, et la planification des prochaines longues navigations. Les vacances étaient terminées!

Notre point de base pour les prochaines semaines est Portobelo, un village Panaméen typique. Nous avons un beau mouillage tranquille avec un dinghy dock accessible et gratuit, quelques épiceries, et des autobus publics pour se déplacer vers la ville de Colon ou la capitale, Panama CIty. Le village en soit n’est pas très joli, mais il convient à nos besoins pour ce qu’on avait à faire. Contrairement aux Colombiens et aux Kunas, les Panaméens ne sont pas si accueillants ici, et on peine à entrer en contact avec eux. De plus, la notion d’entretien et de propreté n’est pas acquise ici… Les maisons manquent beaucoup d’amour,  et les gens n’ont pas appris à jeter leurs déchets dans les poubelles. En fait il n’y a pas de poubelles à la disposition des habitants, donc ça s’accumule un peu partout, et finalement un camion de vidange passe enfin.










De Portobelo on doit faire plus d’une heure de bus pour aller à Sabanitas pour une épicerie convenable avec fruits et légumes. On doit faire 2 heures pour aller à Colon, et près de 3 heures pour se rendre à Panama City. On prend d’anciens autobus scolaires, décorées avec des couleurs vives, absolument pas confortables, et bondées de monde qui nous obligent parfois à faire le trajet debout tout le long! Mais le plus désagréable est la musique à tue-tête! Les latinos aiment leur musique criarde et rythmée et les chauffeurs mettent le volume au fond la caisse, ça réveille! On se s’entend même plus penser!














Colon est une grande ville, à l’embouchure du Canal, du côté Atlantique. Une ville portuaire ou beaucoup, beaucoup de marchandises y transitent. La manutention de conteneurs et la logistique sont les principales activités. Des biens et beaucoup d’argent du monde entier transigent par cette ville mais la richesse n’est aucunement redistribuée aux gens qui vivent ici. C’est la ville la plus affreuse qui nous a été donné de voir de notre vie… Non seulement c’est très dense et très pauvre, mais c’est tellement sale! On n’a pas osé prendre de photos. Les maisons en ciment sont noircies de saletés et jonchés de débris, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur. On croyait que la plupart des maisons étaient abandonnées tellement on ne pouvait imaginer que des gens y vivent, mais c’est malheureusement le cas. Les rues ne sont pas entretenues (nos nids de poule sont bien modestes comparés a ici!), les trottoirs détruits, les façades des magasins qui font vraiment dures et qui n’invitent aucun client à y entrer, et un taux de criminalité le plus élevé du pays. On nous recommandait de prendre le taxi entre chaque commerce par méfiance des voleurs… Nous avons quand même marché un peu dans cette ville si triste, mais nous n’avons pas trop traîné dans ce coin qui n’est pas du tout accueillant.

17 Décembre

Plusieurs navigateurs engagent un agent professionnel pour les accompagner dans les démarches du passage du Canal. Il en coûte environ $300 US! Après quelques lectures et discussions avec d’autres, on ne voyait pas la valeur ajoutée de prendre un agent, et on a pu faire facilement toutes les étapes nous-mêmes. On devient très débrouillards, dans toutes sortes de défis! Une de ces étapes est l’obligation de faire prendre les mesures du bateau par les autorités portuaires. Un délégué vient sur le bateau et prend la mesure, de l’extrémité du davier installé sur la proue, à la portée extérieur de l’arche arrière, afin de déterminer le prix du transit. De plus, il nous explique gentiment toutes les instructions et les précautions concernant le passage du Canal, ainsi que l’importance de bien nourrir et abreuver le pilote qui se joindra à nous!

Nous avons donc amené le bateau à Colon (20 MN) pour faire prendre ces mesures et sommes retournés à Portobelo 2 jours plus tard. On voulait éviter les coûts de marina et surtout ne pas rester dans ce coin isolé ou le mouillage est autorisé, mais tellement désagréable. Nous sommes exposés aux vagues du large donc c’est très rouleur. Et la vue dans la baie donne sur d’immenses cargos qui attendent leur tour pour le passage du canal.

Bref après avoir :
1) ouvert notre dossier aux autorités portuaires
2) fait faire les mesures
3) payer les frais à la banque CityBank du port (environ $1,850 US – la caution de $850 nous sera remboursé quelques semaines après)
4) trouver un contact et réserver en location nos lignes (ça prend 4 amarres de 125pi chacune) ainsi que des pneus pour protéger la coque en plus de nos défenses

Dernière étape, on devait trouver 3 paires de bras (on les appelle les line handler). Ça prend 4 personnes (3 plus moi) pour tenir les amarres lorsque le bateau monte ou descend  dans les écluses. On peut engager des locaux a un tarif de $100 US chacun. Mais beaucoup plus intéressant, il y a souvent des jeunes backpackers ou même des locaux qui cherchent à vivre une nouvelle expérience et plutôt que de visiter le canal de l’extérieur, ils offrent leurs services bénévolement et font le transit sur un bateau. J’avais trouvé une page web pour des skippers qui cherchaient des line handlers et des bénévoles qui cherchaient des skippers. On a facilement trouvé. En fait on s’est fait approcher par un groupe de 4 jeunes de la fin vingtaine qui souhaitaient le faire ensemble. C’était 4 européens qui vivent déjà sur un grand voilier, un bateau école allemand. Ils accueillent des jeunes de 15 ans qui viennent faire l’école ainsi que la navigation et la vie en groupe. Nos jeunes volontaires sont des instructeurs de navigation et entretiennent le grand bateau à temps plein. Ils avaient 2 semaines de vacances et en ont profités pour vivre le canal. Il nous restait qu’à prendre notre rv pour avoir un pilote disponible et faire le transit. Nous avons 2 mois pour le faire. Comme nos amis de Frimousse attendaient de la visite du Québec dans 10 jours pour faire leur transit, nous avions donc tout notre temps.

25 Décembre

Nous avons célébré Noel avec nos chers amis qu’on aime tant, Sophie et André. La veille, on s’est fait un bon souper, tous les 4, on s’est mis de la musique, et on a dansé à bord d’Ambition une bonne partie de la soirée! Une soirée très agréable, comme toujours, en leur compagnie. Le 25, nous avions convenu avec les propriétaires d’un petit bar local (tenu par un couple allemand) que nous viendrons passer l’après-midi et faire de la musique avec d’autres navigateurs. Ils nous ont ouvert leur terrasse et j’avais fait le tour des quelques bateaux dans la baie pour les convier à se joindre à nous. André a apporté sa guitare, Sophie son ukulélé, et une famille d’américains avec des ados sont venus. Deux des jeunes avaient aussi leur ukulélé et on a passé un très bel après-midi. Nous avons chanté du québécois, des classiques américains, quelques chansons de Noel en français et ensuite en anglais, et tout le monde était content.






27 Décembre

Dans le but de passer plus d’un an en Polynésie française, il fallait absolument faire une demande de Visa pour un séjour prolongé, auprès de l’ambassade de France à Panama. Auquel cas, nous aurons pu y rester qu’un maximum de 3 mois. C’est tellement loin et tellement vaste comme territoire, ça valait la peine de le faire. Nous avions auparavant contacté à plusieurs reprises l’ambassade pour avoir toutes les informations en main.

Un tas de documents à imprimer et à remplir, des photocopies à faire, des preuves de revenus suffisants pour démontrer que nous n’avons pas l’intention de travailler (!), des preuves d’assurances santé pour prouver qu’ils n’ont pas besoin de nous prendre en charge en cas de maladie, une prise de rv pour une entrevue à faire. Plusieurs démarches plus tard, en simultané avec nos amis de Frimousse, nous avions enfin, tous les 4, notre rencontre de planifiée aujourd’hui. Malgré toutes l’attention que nous avions porté à cette paperasse, et bien il y avait une chose qui a été refusée : nos nouvelles photos passeport prisent a Colon n’étaient pas du bon format!  Il nous a fallu refaire des photos, mais bon c’est un détail.

Le dépôt de notre demande de Visa fait, on doit attendre 1 mois pour le recevoir avant de pouvoir quitter le Panama. La traversée du Canal était reportée en début janvier, j’avais donc quelques jours pour sauter dans un avion et aller voir mes filles a Montréal. J’ai pris un vol la journée même et je suis revenue le 1er janvier (vivement les modes stand-by pas trop chers des retraités d’Air Canada!)

Ma belle Marianne qui habite Vancouver était à Montréal pour les Fêtes, il me tardait d’aller à sa rencontre. On s’est vu avec grand bonheur les 4 jours de mon séjour. J’avais besoin d’une bonne discussion franche avec mon aînée Martine et cette rencontre fut très bénéfique autant pour elle que pour moi. Comme quoi il ne faut jamais garder un malaise et surtout, s’assurer d’une bonne communication avec ceux qu’on aime! Mon père était à l’hôpital pour des malaises de personnes vieillissantes… ma mère était inquiète car son conjoint était aussi à l’hôpital… bref ma courte visite m’a permis d’être présente auprès des personnes que j’aime dans un moment où elles en avaient besoin. Le déplacement en a valu la peine! Pas eu le temps de voir des amis, mes excuses…

5 Janvier

Dès mon retour, on a enclenché le processus pour la traversée et notre date nous a été octroyée rapidement. On est retourné à Colon. C’est à la marina de Shelter Bay que nous avons cueilli nos lignes et nos pneus, et que nous avons accueilli nos jeunes line handlers : Laurent (français qui parle aussi allemand et anglais), Jacob (autrichien qui parle aussi anglais et espagnol), David (allemand qui parle aussi anglais) et Sarah (allemande qui parle aussi français et anglais). Des jeunes très agréables, ouverts et curieux, serviables, ce fût une très belle rencontre. Nous avons été chanceux. Avec notre pilote qui parle espagnol et, heureusement, anglais, c’était assez international et multilingue à bord!






Nous avons pris notre pilote à 14h tel que prévu et nous nous sommes dirigés vers les écluses. On devait se faufiler entre les immenses cargos et suivre ses instructions. Nous allions traverser à l’épaule (attaché côte à côte) avec un catamaran français au centre, et un petit voilier suisse sur l’autre côté. Le catamaran contrôlait le moteur et nous faisait avancer tous les 3. Malgré que seulement 2 amarres doivent être déployées par chaque voilier aux extrémités, nous devions avoir tout notre monde à bord au cas où il aurait fallu se détacher les uns des autres pour une urgence.
Les 3 premières écluses sont construites une derrière l’autre, et nous font monter de 26m. Les chambres font 33m de large et 320m de long. On nous fait entrer juste derrière un gros cargo. C’est très impressionnant!  Les portes sont énormes (de 14 à 25m de haut). Lorsque la première s’est refermée derrière nous, nous avions un petit pincement au cœur. On disait au revoir pour très longtemps à l’océan Atlantique! Mais surtout, on réalisait que c’était vrai, on ne pouvait plus changer d’idée, le Pacifique nous attendait! On a eu un léger vertige…


















Lorsque l’eau commence à monter, c’est 100,000 mètres cube qui entre en très peu de temps. Les remous que ça fait nous font un peu frémir mais tout se passe très bien. J’ai 4 line handlers expérimentés, qui font un excellent travail et qui sont attentifs et à leur affaire. On n’a pas besoin de manœuvrer le bateau car il est dirigé par le catamaran. On a le pilote qui montre aux jeunes ce qu’ils doivent faire, qui parle aux autres pilotes et aux maîtres éclusiers, et qui sécurise tout le monde. Stéphane et moi sommes donc en observateurs, en touristes, super relaxes, et je peux prendre des photos à mon aise!



















Nous sommes sortis de la 3e écluse vers 18h et on s’est retrouvé dans le lac Gatun. Ce lac d’eau douce est artificiel du fait qu’il a été créé par un barrage. En sortant, on s’est amarré à une bouée géante avec un autre voilier pour y passer la nuit. Ils sont venus cueillir notre pilote avec le bateau-pilote et un autre venait nous rejoindre le lendemain. Nous avons passé une belle soirée avec les jeunes, à discuter de voyages, de bateaux et de leurs projets.

On nous avait dit d’être à 7h. On s’est donc levé à 6h, sur un lac très calme. A l’orée du jour, on entendait les singes hurleurs partout autour de nous. Dans les montagnes, il y a beaucoup de ces singes en liberté et ils portent bien leur nom. Ils hurlent bruyamment, je n’aimerais pas les rencontrer dans le noir…

Nous sommes finalement partis à 9h! Nous avions plus de 25 MN au moteur à faire (5 heures) pour traverser le grand lac et se retrouver aux 3 dernières écluses. La balade était agréable, malgré les grands navires intimidants qui nous croisent. Encore une fois, les manœuvres aux écluses ont été faites parfaitement par les jeunes et nos collègues des autres bateaux. Il n’y avait pas lieu d’être stressé, au grand soulagement de mon capitaine.



















La vue du Pacifique nous a fait un certain effet! Une étape importante dans notre voyage. Une nouvelle aventure remplie de promesses qui s’amorcent! On a hâte!


J'étais en communication avec ma mère a Montréal lorsque nous étions dans l'écluse de Miraflores. Elle nous voyait en direct sur les webcams des autorités. Je partage avec vous les photos qu'elle a pu prendre. Vive les technologies!











Après avoir déposé notre pilote, nos jeunes et nos amarres loués, nous avons jeté l’ancre à Las Brisas. Une grande baie située à l’Ile Perico, à environ 5-6 km du centre-ville de Panama City. Le contraste est saisissant de voir toutes ces hautes tours au loin. C’est une grande ville riche et moderne. Une journée, nous avons loué des vélos et avons fait la très belle piste cyclable qui longe la mer et qui nous amène jusqu’au centre-ville. La vieille partie, plus historique, vaut la peine de s’y promener. On voit ici aussi l’influence espagnole dans l’architecture.




























La différence du climat nous a surpris. Sur la côte Atlantique, il faisait chaud et humide, de la pluie à tous les jours, et l’eau de la mer était à presque 30 degré. On fait 70km pour se retrouver sur le côté Pacifique et il fait beau et sec, assez frais le soir (enfin on dort bien!), et l’eau n’est qu’a 24 degré. Il y a beaucoup de vent chaque jour alors l’éolienne est contente. Par contre, le mouillage est agité, et on se fait brasser pas mal certaines heures de la journée. Les déplacements en dinghy sont rock and roll, avec parfois des vagues de 2-3 pieds…



23 Janvier

Ça fait plus de 2 semaines que nous sommes ancrés à l’Ile Perico, dans le quartier Amador, et nous sommes toujours très occupés. La recherche de pièces et d’articles que nous avons besoin nous demande de traverser la ville à plusieurs reprises. On se déplace en autobus, en métro et en taxi et on perd beaucoup de temps. Il y a énormément de trafic dans la ville, et les magasins ont rarement ce qu’on cherche…alors on doit en visiter plusieurs avant de trouver. Stéphane avait sa liste de pièces et on a finalement passé au travers. Ca nous prend des articles pour réparer des choses brisés, et on doit prévoir des pièces de rechange, des bidons d’huile, des filtres à huile, des bougies d’allumage, des filtres pour le déssalinateur, et autres bidules qu’il faut pour faire fonctionner un bateau pour les prochains 2 ans. Si on reste dans les Iles du Pacifique pour 2 ans, on n’aura pas accès à grand-chose alors autant en faire provisions ici.  

Stéphane a changé l’antenne et les fils de la radio VHF, qui étaient usés et corrodés. Il a réparé toutes sortes de petites choses qui auraient pu s’aggraver avec le temps. Le plus gros projet est l’installation de nouvelles batteries et de panneaux solaires.

La gestion de l’énergie à bord est toujours une grande préoccupation. Il faut consommer moins que ce qu’on produit, et maintenir la charge des batteries plus longtemps lorsqu’on ne produit pas. Nous avions un souci car nos batteries ne gardaient plus la charge aussi bien qu’avant. Mon capitaine ne voulait pas aller jouer dans l’électricité, sa vraie bête noire. Il a avait beau douter, nier, justifier, il a du se résigner… Après des tests, on a validé qu’elles n’étaient pas complètement finies (nous les avons acheté juste avant de partir!) mais que d’ici la fin de l’année, il faudrait les changer. Comme ça coutera 2 à 3 fois plus cher en Polynésie, on a décidé de le faire ici. On est passé de 4 batteries 6v à 6 batteries 12v. Avec cette nouvelle configuration, il fallait modifier l’espace dans laquelle les batteries sont installées. On a passé presque 3 jours à solidifier le fond du coffre, et construire une boite en bois avec couvercle accessible, pour un meilleur aménagement de l’espace. Je dis ici ‘on’ car ma job est d’assister le pro! Je lui apporte les outils, vis et machins à la demande, et surtout, je suis d’un grand soutien moral ;-) Je l’encourage car il déteste jouer la dedans! Mais il est bien content lorsque c’est fait.


Nous attendons nos panneaux solaires et un nouveau régulateur d’ici la semaine prochaine. Après avoir visité plusieurs magasins et n’être pas satisfaits de la qualité ni de la performance de ce qui est offert ici, on a décidé de les commander au Québec. Ils transigeront par la Floride et seront acheminés ici par un courtier. On passera de 255 watts à 540 watts. On sera en business! Les batteries seront mieux chargées et plus rapidement. On aura une bien meilleure autonomie, surtout lorsque nous sommes en navigation. L’autopilote consomme beaucoup d’énergie. On devrait maintenant garder notre diesel pour faire avancer le bateau lorsque les voiles ne suffisent pas, et non s’en servir pour charger les batteries. Bref après avoir dépensé $4,000 (!), on ose croire que la gestion de l’énergie sera moins un souci…

Entre-temps, on fait aussi de grandes provisions de denrées non-périssables. On achète en masse et on remplit tous les coffres, les sous-planchers, et chaque recoin possible.  C’est un vrai casse-tête d’exploiter tout l’espace disponible mais on se dit que ça vaut la peine. Nous avons de longues traversées en mer devant nous. De plus, le coût de la vie est tellement cher en Polynésie que vaut mieux acheter le plus possible à coûts raisonnables ici. Cette photo représente a peine le quart de ce qu'on a acheté...


Nous avons eu la confirmation que notre Visa de l’ambassade de France nous sera délivré d’ici la semaine prochaine. Nos amis de Frimousse sont avec nous. Comme nous, ils attendent leurs derniers équipements commandés. Nous serons bientôt prêts à faire nos formalités de sorties du pays et aller profiter des Iles Perlas (juste au sud de Panama) avant d’entreprendre LA grande traversée en mars.
Nous avons conjointement décidé avec nos amis que nous n’allions pas aux Iles Galapagos. Trop compliqué et trop dispendieux. Dommage, peut -être dans une autre vie. On ne peut pas tout faire! On ne sait pas encore si on se dirigera aux Marquises en premier ou qu'on passera par les Iles Gambier avant. Nous avons tout notre temps. Nous discutons des pour et des contres.

Je pense a mon fils très souvent. Lorsqu'il vient dans mes pensées, c'est avec de beaux souvenirs, des anecdotes, des histoires que nous avons vécues, des images de lui tout petit, et plus grand... Lorsque la réalité de son départ me prend (surprend?) , ça va droit au cœur, et j'essaie d'écarter l'idée, c'est trop difficile... Je vis le moment présent, en me disant qu'il n'est pas trop loin... 
   

samedi 15 décembre 2018

Panama: Au pays des Kunas


Panama : Au pays des Kunas

Le 3 Novembre, nous avons quitté la Colombie, en route vers le Panama. Un autre 335 MN au compteur, près de 3 jours (et 3 nuits!) de navigation. La première journée fût rapide, avec un vent au portant de 20nds. La seconde journée fût plus lente avec un vent de 10nds. Et on a terminé notre route au moteur avec pas de vent du tout. C’est encore exigeant de vivre au rythme des quarts de nuits, et de subir les vagues… mais bon, il faut ce qu’il faut. Les départs sont encore stressants et ça nous sort toujours de notre zone de confort, mais c’est le prix à payer si on veut découvrir de nouveaux pays!

Nous avons dû faire notre entrée officielle a Linton Isla, premier endroit à fournir le cruising permit ET les services d’immigration dans le même coin (même pas dans le même village en plus!). C’est vraiment absurde qu’on ne puisse pas faire nos formalités aux San Blas, qui sont situées sur notre route, lorsque l'on arrive de l’est. Nous avons dû parcourir 40 MN vers l’ouest, faire nos papiers, et revenir sur nos pas, 40MN vent dans le nez, pour aller ou nous voulions au départ. Mais bon, nous sommes dans les Caraïbes… les règles sont inexplicables parfois!

Les Iles de San Blas sont un vaste archipel comprenant 340 minuscules îles, situées au nord-est du continent. Ses habitants sont nommés des Kunas. Ce sont des indigènes, qui vivent selon leurs anciennes traditions, et qui gèrent leur territoire, qu’ils appellent Guna Yala. Le nom San Blas a été donné par les espagnols conquérants et ces indiens n’aiment vraiment pas ce nom. Les Kunas ont acquis une certaine autonomie vis-à-vis le gouvernement Panaméen et ils gèrent leur territoire et leur mode de vie comme ils veulent.










Avant mon départ pour notre grand périple à voile, j’avais le fantasme de rencontrer un jour des communautés (voir des tribus!) qui vivent sur des petites îles isolées, en harmonie avec la nature et leur environnement. Et bien j’ai réalisé ce rêve, ici, au pays des Kunas! Ils ne sont pas complètement déconnectés du reste du monde car à l’aide d’un petit panneau solaire, ils ont leur cellulaire et parfois une télé reliée à un satellite. Mais ils vivent humblement, autosuffisants et sans aucun employeur local.


Nous avons visités quelques îles peuplées, qui accueillent 40 ou 50 familles. Les jeunes femmes ont en moyenne 8 enfants alors il y a de nombreux petits Kunas qui courent partout! Ils habitent dans des huttes très rudimentaires, faites de bambous et de feuilles de palmiers. Sans électricité ni système d’égout, chaque cabane est construite sur terre battue, et pourvue de hamacs pour dormir, et parfois d’une télé et très rarement, d’un frigo. Aucun autre meuble! Pour la plupart des autres îles, à peine 2-3 familles y vivent et entretiennent leurs palmiers et vendent les noix de coco. Ils permettent aux touristes d’aller se promener sur leur île, et espèrent qu’on leur achète quelque chose ou qu’on fasse des contributions volontaires.

Nos premiers contacts avec ce peuple furent un peu mitigés. Ils veulent nous vendre des choses et peuvent parfois être insistants. Les hommes pêchent et viennent nous accoster, dans leur pirogue fabriquée a même un tronc d’arbre. Ils nous vendent leurs prises du jour (poissons, langoustes, crabes ou pieuvres). Les femmes font de l’artisanat et viennent chaque jour nous solliciter. Au début, on se sentait mal de ne pas acheter. Les poissons et langoustes sont les bienvenus car nos réserves de viandes sont épuisées. Mais l’artisanat…c’est magnifique mais on ne peut rapporter tous ces souvenirs dans chaque pays visités…  





Mais nous avons aussi rencontré des gens très aimables, accueillants, et fiers de leur petit coin de paradis. Une de ces rencontres extraordinaires fut avec Antonio, un jeune garçon de 20 ans. Il nous a pris sous son aile  lorsque l'on s’est arrêté sur son île. Une chance que Stéphane parle quelques mots espagnols et que le langage des mimes est universel. Nous avons pu communiquer suffisamment pour mieux apprendre sur leur mode de vie. Antonio nous a fait visiter son petit village, nous a présenté à sa famille et à ses amis, et nous a invité à venir participer à une fête typique qui avait lieu le lendemain. Nous avons eu la chance d’assister au partage du chicha, boisson  faite de vin sucré, en l’honneur d’une jeune fille qui a atteint sa puberté. Les parents de celle-ci offre le chicha, ainsi que des bonbons et des cigarettes (!) a tout le monde, pendant l’après-midi au complet. Une petite danse spéciale se fait par les hommes avant qu’ils viennent nous offrir un bol de chicha, qu’il faut boire au complet. Et ils reviennent souvent… Les femmes dansent et boivent aussi, tout en fumant la pipe! En même temps, dans une maison à côté, on rase la fêtée qui vient d’avoir ses règles. On n’a pas vraiment compris pourquoi cette petite devait subir cette cérémonie… Les femmes l’entourant étaient pas mal sur le rhum…laissant les nombreux enfants s’amuser entre eux. Les enfants sont magnifiques et très affectueux. J'ai eu la chance de m'amuser avec eux et j'étais ravie!








Laissez-moi vous expliquer comment les femmes s’habillent. Elles fabriquent des molas. Ce sont des broderies faites à la main, avec différents motifs très colorés, sur un carré de tissu, que les femmes ajoutent sur le devant et le dos d’une blouse, qui elle est déjà à motif. Toutes les femmes sont vêtues de leur habit traditionnel, avec cette blouse a mola, sur un paréo d’un autre motif qui sert de jupe, et elle ajoute une étoffe d’un rouge clair comme un fichu sur la tête. De plus, elles portent une série de petites perles montées en long bracelet qui part du poignet jusqu’au coude, et de la cheville jusqu’au genou. L’effet est saisissant car c’est vraiment très coloré. Pour les fêtes spéciales, elles agrémentent leur apparat d’un maquillage particulier. Elles se colorent les joues d'un rose vif ou trace une ligne verticale à l’encre noire, qui part du milieu du front jusqu’au bout du nez. J'ai eu droit a une ligne sur le nez en guise d'invitée. Je me sentais un peu plus proche de ces femmes. Mais ce qui devait être temporaire a durer 3-4 jours... Une chance que je n'avais pas de rencontres formelles a faire! 

Les femmes plus âgées portent un anneau doré dans le nez. J’aurais tellement aimé pouvoir les photographier, mais elles sont catégoriques, je ne pouvais pas les prendre en photos.  Seuls les enfants et les adolescents étaient ravis de se faire prendre en photos. J’avais apporté des galettes faites maison ainsi que quelques cahiers, cartons et crayons de couleurs, pour les enfants. Ce fut apprécié je crois. Les Kunas nous ont offert de la boisson, et nous ont acceptés, en étant sincèrement contents que nous soyons là. En aucun temps on se sentait voyeur ou mal à l’aise. Quelle expérience extraordinaire!






Nous avons navigué tranquillement au travers ces petites îles paradisiaques pendant 5 semaines. On a changé de place pas moins de 18 fois, en découvrant des endroits plus beaux les uns que les autres. Les approches au mouillage sont parfois stressantes car il y a beaucoup de hauts fonds et de coraux, et les cartes sur nos GPS ne sont pas exactes dans ce coin reculé. La navigation a vue combinée avec les yeux sur le profondimètre nous a bien mené à de superbes ancrages dans des eaux de différentes teintes de bleu et turquoise. Les récifs entourant les îles cassent les vagues provenant de la mer des Caraïbes alors on ne subit aucun swell (mouvement rouleur et désagréable qui nous fait bercer de gauche a droite sans arrêt). C’était très confortable.

Nous avons beaucoup plongé en apnée. Il y a de magnifiques récifs remplis de couleurs. Les poissons sont variés mais peu nombreux. On s’est retenu de chasser, malgré l’envie qui nous tenait. Les Kunas n’ont aucun revenu autre que la vente de leur pêche alors nous avons plutôt encouragé l’économie locale. Nous avions accès à de belles langoustes, des snappers, crabes, etc. On s’est régalé de poissons en masse!

On se déplaçant entre les Iles, on mettait la ligne à l’eau et nous avons attrapé à deux reprises de belles bonites (dans la famille des thons). Un jour que nous étions en déplacement dans le Golf des San Blas, j’ai vu des dauphins qui nageaient à notre rencontre. On a arrêté le bateau en plein milieu et je me suis mise à l’eau avec mon masque. Quel bonheur et excitation de voir une dizaine de dauphins nager juste à côté et sous moi. Je les entendais! Un petit cri de joie très particulier! Je ne pensais  jamais vivre ça dans ma vie!

Nous attendions la visite de ma fille aînée et de ma sœur pendant notre séjour aux San Blas. Elles ont voyagé ensemble sur le continent la semaine précédente, et venaient nous rejoindre a Carti par une route de terre dans les montagnes, jusqu’au bord de la mer, côté Atlantique. On les a cueillies sur le quai (après une journée entière de retard causée par une mauvaise communication avec le chauffeur!). J’étais vraiment heureuse de les recevoir et de partager toute cette beauté avec elles.

Ma sœur Hélène n’était jamais venue sur notre voilier, ne connaissait pas la vie sur l’eau, et n’avait jamais fait de plongée. Elle a découvert plusieurs découvertes dont les fonds marins et fut très impressionnée. Elle se croyait comme dans un film! Martine a été très bonne de voir un barracuda sans trop stresser, et de nager avec des requins nourrices sans paniquer! Malgré que ces requins ne sont pas agressifs, c'est quand même  intimidant de les voir si proche. Et que dire des raies tachetées, qui nagent comme de gracieux oiseaux battant lentement leurs ailes dans l'eau! C'était magique.

Nous avons fait quelques séances de yoga sur des plages magnifiques. Nous avons discuté et bien ris, et (pleureur aussi...). On s'est fait de bonnes bouffes. On a joué aux cartes, on a dansé, on a chanté avec nos amis de Frimousse, et on s'est même payé une partie de beach volleyball. Quel bonheur de jouer avec ma grande, elle qui a joué élite dans sa jeunesse! Une belle complicité régnait sur le terrain! En plus, la saison des pluies s'est terminées soudainement, juste avant leur arrivée. C'est donc sous le soleil qu'elles ont passé la semaine. J'étais tellement heureuse de partager un petit bout de ma vie de rêve avec elles! Voici un vidéo préparé par Hélène, résumant ces moments mémorables. Merci la vie!