mardi 7 mars 2017

George Town

Nous sommes arrivés à George Town le 25 février et sommes resté 4 nuits. Nous avions beaucoup entendu parlé de cette ville, la plus grande des Exumas. Pour plusieurs québécois c’est la destination ultime avant le retour vers le Nord après l’hiver. Plusieurs navigateurs du Lac Champlain nous avaient dit que c’était l’endroit où on se dépose quelques semaines, voire même quelques mois, pour savourer le sud. Nous avons été déçus en découvrant un petit village moche, sans resto ni terrasses, des maisons en décrépitude, une belle épicerie certes, mais qui manque toujours de fruits et légumes frais, un approvisionnement de pièces bateau inexistant, 2-3 boutiques sans intérêt. C’est tout de même impressionnant de voir plus de 200 bateaux ancrés dans Élisabeth Harbourg, devant la ville. Le soir, les lumières de mat recrées un second ciel étoilé! Il y a une communauté qui se crée ici à chaque hiver, avec de nombreuses activités sur la plage. Comme nous ne sommes pas de type « camping Ste-Madeleine », nous n’avions aucune envie d’y participer, après avoir été jeté un petit coup d’œil. Notre principal intérêt était de revoir nos amis Sylvain et Monique, du voilier C’est la Vie. Nous les avions laissé à Baltimore, il y a des lustres de ça. Il leur est arrivé quelques mésaventures à eux aussi, dont un bris de transmission… Nous étions contents de se retrouver. Ils nous ont présenté aux amis sur Luciole et nous avons passé deux belles soirées ensemble.  


George town sera un point de rencontre pour nous dans les prochaines semaines. Nous attendons la visite de ma fille adoptive Simone (une jeune allemande qui est venu faire sa 5e secondaire au Québec, et qui s’est intégrée parfaitement à notre famille, il y a de ça déjà 12 ans!). Depuis, on s’est revues à plusieurs reprises, chez elle à Munich, en Italie, à Boucherville, à Bromont… Elle et moi c’est l’amour pour la vie et elle fait partie de notre famille. Elle a pris le premier vol depuis Amsterdam où elle vit maintenant, pour venir aux funérailles et pour venir me consoler.  Je suis ravie de l’accueillir sur Ambition 1 du 16 au 30 mars. De plus, j’ai la visite de ma belle Marianne, ma fille cadette, avec son amoureuse. Elles arrivent le 23 et repartent aussi le 30. Nous serons 5 à bord et on se promet de les gâter, de leur faire découvrir la vie à bord d’un voilier, de faire beaucoup de plongée et de pêche au harpon, de profiter du soleil, etc. J’ai tellement hâte de les avoir auprès de moi, je compte les jours d’ici leurs arrivées :-)))

lundi 20 février 2017

Exumas (suite)


12 Février

Nous avons passé 3 jours à Warderick car le temps ne se prêtait pas à la navigation. Nous étions venus en décembre 2014 avec le voilier loué et nous nous étions promis d’y revenir. Il y a quelques sentiers sur l’ile pour explorer ce parc national, et en haut de la colline qui se nomme Bou-Bou Hill, les navigateurs laissent une trace de leur passage. Nous sommes invités à laisser un morceau de bois avec le nom de notre bateau. J’avais prévu le coup et j’avais acheté quelques couleurs et des pinceaux ainsi qu’un restant de planche. Je me suis amusée à bricoler notre bout de bois et nous avons, à notre tour, comme bien des navigateurs depuis plusieurs années, laissé notre trace. Je ne sais pas ce qui adviendra de mon « œuvre d’art » mais c’était significatif pour nous.




Nous avons passé par Bell Island et avons pris un morring à Cambridge Cay (trop étroit pour ancrer). Malgré que mon capitaine n’ait pas aimé notre passage dans le cut (il y avait beaucoup de courants à la rencontre de la mer profonde et du banc peu profond), l’endroit était magique. L’endroit est calme et bien protégé, entouré de petites iles désertes avec leurs plages et une végétation luxuriante.  Nous avons marché sur une plage, découvert les grottes de Rocca Dundas, plongé parmi d’énormes poissons (au grand désespoir de mon homme car nous ne pouvions pas pêcher étant dans le parc protégé!). Ce fût une très belle découverte.

Le lendemain, nous avions rv avec nos amis Jean-Denis et Louise de Néméa, plus au sud, à Black Point. C’était très agréable de les revoir, puisqu’on s’était laissé le 18 décembre à Spanish Wells, avant mon séjour à Montréal.  J’avais des petits problèmes avec ma tablette ainsi que mes transmissions par HF. Jean-Denis nous a tout arrangé ça! C’est un expert et il est très généreux de son temps. Merci encore cher JD!

Nous sommes revenus sur nos pas à Staniel Cay et y avons passé 4 jours. Plusieurs québécois étaient présents et nous avons fait un peu de social, dont avec Out and About et Xalia. J’ai découvert la fameuse grotte Thunderball qui est impressionnante. Stéphane a fait ses plus grosses pèches de langoustes, nous avons pu faire un bon approvisionnement de fruits et légumes, bref ce fût un arrêt agréable et productif.




20 Février


Nous avons poursuivi vers le sud et sommes revenus à Black Point. Nous avons retrouvé nos amis Lucie et Sylvain de Voil’Actée et avons partagé un bon souper. Nous avions beaucoup de choses à se raconter car ils ont aussi vécu de mauvaises aventures avec leur voilier. On apprend toujours des autres navigateurs. C’est agréable et souvent enrichissant de discuter avec d’autres qui ont aussi plus d’expérience que nous ou des histoires différentes à raconter. Ce soir, ce sera un autre Happy Hour avec eux et Xalia. On travaille dur sur le bateau, mais on se la coule douce aussi! Pêche, soleil, rencontres, on en profites. Pendant ce temps, je pense à mes filles qui ont de la difficulté avec la perte de leur frère... J'aimerais tellement être prêt d'elles pour les consoler...Je vis dans les émotions extrêmes de grands bonheurs et grandes tristesses... Mes filles, je vous sais fortes! Et vive l'internet pour continuer à se parler et à se voir en direct! Je vous aime tant xxx    


lundi 13 février 2017

Retour en navigation 3 Février

(Photos à venir...)

3 Février

Après quelques jours de préparations du bateau, d’approvisionnement de toutes sortes, de paperasse réglée avec l’Immigration Bahamienne pour l’extension notre séjour, du règlement de la facture du chantier maritime (+ de $10k US!!!) et nos assurances (qui en payent que les 2/3!) , nous avons pu finalement quitter le quai le 3 février. Notre interruption de l’aventure aura duré 3 mois, jour pour jour.

Nous étions tous les deux nerveux de reprendre la mer. Nous avions perdu nos repères, nos réflexes de navigateurs et notre routine sur le bateau. Nous appréhendions la tenue du nouveau safran. Nous avions aussi une hantise de repasser dans le fameux canal étroit, où nous avions échoué, brisé notre safran, appris la terrible mauvaise nouvelle, vu d’autres voiliers s’échoués ensuite au même endroit… Depuis notre arrivée dans cette île, chaque jour je passais devant ce canal maudit, et chaque fois, je le regardais et j’appréhendais le moment où nous aurions à passer par là à nouveau.
Alors c’est avec une certaine crainte que nous avons largué les amarres et avons repris notre chemin vers la mer. En approchant du canal, j’étais terrorisée. Les émotions m’ont envahi soudainement et je me suis mise à pleurer, pleurer, pleurer… En quittant Spanish Wells, j’avais le sentiment de laisser derrière mois une partie de mon fils. C’est comme si j’avais gardé mon souffle pendant ces trois derniers mois, que j’avais mis ma douleur sur « pause ». Je me permettais de prendre du bon temps et de vivre ma peine que par très petites bouchées, mais cette journée-là, assis sur le pont, incapable d’assister mon capitaine pour la navigation, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Je crois que je laissais mon fils partir…

Nous avons mis les voiles et heureusement, le safran fonctionnait très bien. Nous avons ancré tout près, à Royal Island. Pour une première journée en mer, nous n’étions pas trop ambitieux. C’était l’endroit exact où nous avions jeté l’ancre 3 mois auparavant, après notre longue traversée depuis la Caroline du Nord.

Dès le lendemain, nous avons fait deux longues journées de voile jusqu’à Rose Island près de Nassau, et ensuite jusqu’à Highborne, aux Exumas. Les réflexes revenaient graduellement. Par contre, les inquiétudes concernant l’état du bateau aussi. Une grande voile qui sort mal du mat enrôleur, sans doute par l’accumulation du sel pendant la traversée. Le moteur qui se met à vibrer sous nos pieds, pour se rendre contre que c’était juste des herbes marines qui étaient prises dans l’hélice. La manette du guindeau qui a lâchée par la corrosion, heureusement que nous en avions une autre de rechange.  La rouille qui apparait sur le strainless, le sel qui s’accumule partout. Et c’est sans compter la saleté accumulée pendant ces 3 mois, autant à l’intérieur que partout à l’extérieur. Tout ce temps au quai, au milieu d’un chantier maritime, où on sable les coques des bateaux toute la journée, sur les quais voisins… Imaginez mon capitaine avoir tant de peine de voir son bateau en si mauvaise condition! Nous le mettrons à « sa » main, un petit bout chaque jour. Lui dehors, et moi en charge de l’intérieur.
A notre arrivée à l’ancrage à Highborne, nous avons été accueillis chaleureusement par la petite famille de Xalia. Nous les avions rencontrés à Spanish Wells et avions partagé de beaux moments et quelques soupers ensemble.  Patricia et Patrick, avec leurs enfants Xavier 13 ans et Mélia 9 ans. Comme nous, ils ont tout vendu et vivent sur leur bateau, sans date de retour. Je les trouve très courageux de faire l’école « à la maison », en plus de gérer un chat et un petit chiot sur leur magnifique catamaran. Les hommes ont apprécié chasser le poisson au spear ensemble, et de taquiner leurs femmes sur leurs attentes concernant l’entretien et le ménage de « LEUR » bateau!
L’arrivée à Highborne signifiait beaucoup pour Stéphane. Nous étions enfin rendus aux Exumas, avec son propre voilier. Mon capitaine était venu à quelques reprises auparavant. J’y suis venu en décembre 2014 avec lui sur un voilier loué. Mais de naviguer jusqu’ici avec son voilier, il en rêvait depuis 30 ans! Nous avons souligné l’événement!



Nous avons poursuivi notre route vers le Sud. Un saut à Normand Cay, un autre à Shroud Cay. La petite rivière à Shroud qu’on fait en dinghy et qui nous amène de l’autre côté de l’île au Nord vaut la peine. C’est magnifique! La mer turquoise, de toutes les teintes de turquoise et de bleu, si transparente, partout au Bahamas, est hallucinante. On se croirait dans une piscine, mais qui s’allonge à l’infini. Nous avons plongé en apnée à quelques reprises sur des têtes de corail. Lorsque Stéphane apporte son harpon pour chasser (sauf dans la zone du parc national qui est protégée, évidement!), je l’accompagne, juste pour le plaisir d’observer les poissons. Il n’a pas eu beaucoup de succès jusqu’à date, mais quand même : 2 langoustes et 3 poissons! J’ai aussi fait mes longueurs autour du bateau et la nage me fait le plus grand bien. Heureusement tous les deux on aime l’eau. Et tous les deux nous sommes du genre plus actif et on aime bouger.  Il est très agréable d’être sur le même rythme et de partager nos activités ensemble.



11 Février

Nous sommes ancrés à Warderick Wells depuis 2 jours. Il annonçait un front et des vents de 20-25kts. Nous sommes bien protégés du vent E et NE. On en profite pour faire plein de petits projets qui doivent être faits sur le bateau. Stéphane fait son entretien préventif sur les appareils et le moteur, et frotte encore et toujours. C’est un éternel recommencement… Il prépare les routes de navigation, et les prochaines destinations. Il se charge aussi de la consommation d’énergie (électricité, diesel, gaz) dont on doit continuellement surveiller, et la production d’eau. Notre déssalinateur fonctionne à merveille! Hourra! Je peux consommer de l’eau sans problème, et prendre ma douche 2x par jour si je veux! On ne l’avait pas utilisé dans les eaux de la Cheasapeake, et il n’était pas question de faire des tests et de se donner un stress supplémentaire pendant la traversée. C’est pourquoi nous avions hâte de tester ce nouvel ajout au bateau. Ça produit 7-8 gal/heure et en plus, cette eau est excellente à boire. Merci mon homme pour toutes ces heures passées à l’installation! 

Pour ma part, j’ai pris la responsabilité de la gestion des provisions, de la cuisine, du lavage (à la main!), du nettoyage à l’intérieur, des communications HF. Je tiens le journal de bord à jour et je planifie les routes en plan B sur ma tablette. Aux EU, je tenais un registre strict sur un fichier excel. de nos réserves (ajouts et retraits) et l’endroit exact où c’était disposé dans nos coffres. Déjà, j’ai un peu perdu le contrôle car ça demande une discipline énorme. Comme je n’ai pas un énorme garde-manger, avec vue sur tout l’inventaire (!), je dois vider, déplacer et organiser les coffres continuellement. Chercher un pot de mayo est parfois ardu, lorsqu’il se trouve sous mon lit! Mais je fais des miracles dans la gestion des produits frais. On mange varié, tout fait à la main, avec produits santé, et on ne gaspille rien. Après plus d’une semaine en mer, j’ai encore des fruits et légumes frais, des congelés, ainsi que de la viande et poissons congelés. Nous sommes gâtés d’avoir un grand frigo et un congélateur séparé. J’ai fait mes premiers pains maisons, yes! Je suis bien fière de moi! Je teste différents formats, et farine blanchie vs blé entier. Ces derniers sont bien réussis et ça nous donnera une autonomie plus longue.

La vie à bord s’organise tranquillement, et j’aime cette nouvelle vie. On n’a jamais de temps morts, il y a toujours quelque chose à faire. On tente d’équilibrer le temps dédié aux tâches et le temps dédié au plaisir. Je parle maintenant comme tous les retraités que j’ai rencontrés avant : mais comment on faisait avant pour travailler, s’occuper des enfants, d’une maison, des courses ??? 


Ce matin, mon fils me manque beaucoup. Je pense à lui très souvent, jour et nuit. Mais ce matin, particulièrement, je souhaiterais tellement lui parler, le prendre dans mes bras, lui dire à quel point je l’aime. Je m’ennuie de ses niaiseries, de ses grimaces, de ses taquineries. De son arrogance tellement il était sûr de lui, de ses arguments et son air obstiné lorsqu’il pensait avoir toujours raison… Je m’ennuie d‘entendre sa voix. Est-ce que je vais me rappeler de sa voix? J’ai peur que ça s’efface avec le temps… J’aurais tellement aimé qu’il voit les Bahamas avec nous, tel que planifié en début janvier. Il manque quelque chose et j’en suis triste pour lui. Nous aurions vraiment passé de beaux moments ensemble sur le voilier qu’il aimait bien.  Je pense au grand chagrin que son départ a fait à son père, ses sœurs, sa belle Maude, ses cousins-cousines, ses amis qui l’aimaient tant. Il laisse un grand, grand vide. C’était tout un homme mon petit! Il avait de l’envergure et toute une personnalité! Je l’aimais tellement, je l’aimerai toujours… 

lundi 30 janvier 2017

Vers un nouveau départ...



Nous nous apprêtons à reprendre la mer, à poursuivre notre route, à retourner vers de nouvelles aventures! Notre safran a été livré et a reçu ses couches protectrices. Il sera installé sur notre voilier demain. Donc, en principe, on peut partir du quai dès demain! Je dis bien en principe, car il ne faut jamais rien prendre pour acquis sur un voiler. Mais suis-je vraiment prête à reprendre la navigation...

Permettez moi de partager cette citation relue récemment et qui me touche particulièrement: "Nous ne pouvons pas diriger le vent, mais nous pouvons ajuster les voiles...". On applique ce principe chaque jour en navigation. C'est d'une évidence. Maintenant, je tente d'appliquer ce principe dans ma vie quotidienne. Il faut dire que je partais de loin! Moi qui voulait toujours tout contrôler! Je me rends compte aujourd'hui que je confondais "contrôler ma vie" et contrôler LA vie"... Elle est plus forte que nous, et on ne peut la diriger...

J'ai été privilégiée par la vie en général. Je l'ai eu facile et j'ai toujours été très bien entourée. Depuis une quinzaine d'années, j'ai vécu quelques épreuves difficiles. Maintenant le pire, la perte de mon enfant... J'apprends, à la dure, à développer une certaine humilité face à ce que la vie me force à vivre. Je dois maintenant ajuster mes voiles, ajuster ma vie! Je vais apprendre à vivre sans lui.

J'aimerais faire un retour sur notre séjour dans cette île extraordinaire qui est Spanish Wells. Nous sommes tombé sur l'île la mieux adaptée pour nos besoins, sans les inconvénients d'un endroit touristique. Une île peuplée suffisamment pour y retrouver une parfaite infrastructure: excellent chantier maritime, bons approvisionnements de nourriture, vins, pièces de bateaux, équipements de pêche, excellente connexion wifi, eau et électricité courante (ce qui n'est pas acquis partout aux Bahamas). De plus, les bahamiens ici (blancs d'origine britannique) sont supers gentils, accueillants, et chaleureux. Nous avons eu le temps de faire connaissance avec plusieurs locaux et avons eu le privilège d'apprendre sur leur histoire et leur vie quotidienne. Nous avions une grande plage très tranquille, et peu profonde, pour que Stéphane puisse faire son kite surfing à chaque fois que nous avions un bon vent. Lorsque c'était plus calme, nous allions plonger sur une barrière de corail exceptionnelle, nager avec des centaines de poissons de toutes les couleurs, avec quelques tortue et parfois, des requins. Stéphane a longtemps pratiqué la chasse aux poissons et aux langoustes avec son harpon, tout juste dans notre cour arrière. Il a réussi à quelques prises mais il doit continuer à se perfectionner...

J'ai pris le temps de me refaire une santé. Jogging, longues marches sur la plage, et nage presque quotidienne. Le sport est toujours très thérapeutique pour moi. J'ai fait un peu de yoga, des étirements, de la contemplation de nombreux couchers de soleil. J'ai préparé de succulents repas et partagé de doux moments avec mon amoureux. Nous avons reçu de la belle visite à notre maison bahamiennes: ma fille, ensuite nos amis de Néméa qui ont fait un détour pour venir nous voir, la sœur de Stéphane avec son fils qui ont passé une semaine, de nouveaux amis du voilier Solidem, du catamaran Xalia, et du voilier Exode. Nous avons été bien reçu chez Théo et Kim, les amis des propriétaires qui nous offrent la maison.

Bref, j'ai eu l'occasion de bien vivre, au rythme de la vie ici et de me reposer. J'ai eu la chance de me changer les idées et de ne pas trop broyer du noir, malgré le grand vide qui m'accable. Je pense à mon fils tout le temps, jour et nuit, et la peine est toujours très intense. Mais toute cette belle vie m'aide à passer au travers.


Maintenant que le bateau sera réparé, nous devons partir. Je me sens ambivalente face à ce départ. Mon capitaine a hâte de reprendre la mer. J'ai une certaine appréhension de quitter ce confort et la sécurité d'être sur terre. La vie est facile ici et c'est exigeant la navigation. Seulement de penser aux hauts fonds des Bahamas me fait craindre d'échouer à nouveau. Préparer les navigations et les routes, étudier la météo chaque jour, entretenir le bateau, gérer l'approvisionnement qui est souvent difficile, avoir à nouveau le mal de mer... Est-ce que je veux toujours vivre ça? Autant j'aimais notre vie à bord, autant j'ai un peu le vertige aujourd'hui. Notre goût de l'aventure et de liberté est tout de même très fort et je suis persuadée que l'allégresse de naviguer reviendra vite.

Nous avons plusieurs choses à régler avant de partir mais on prévoit quitter le port jeudi ou vendredi. Le bateau aura été au quai du 3 novembre au 1er février: presque 3 mois! Nous sommes enrichis de nouvelles expériences, de belles rencontres enrichissantes, d'un nouveau bagage de compétences. Nous sommes mieux outillés pour prendre les défis qui s'annoncent. Je commence à entrevoir positivement notre (second) départ. J'ai soudainement hâte de me retrouver sur Ambition. J'ai hâte d'entendre le vent dans nos voiles. Ça va bien aller!

dimanche 11 décembre 2016

Repos à Spanish Wells

Nous sommes restés un peu plus de 3 semaines à Montréal. Le temps d'encaisser le choc et de, tranquillement, commencer à réaliser que la perte de mon fils était bien réelle. Nous n'avons plus de maison, ni de voiture. Nous avons habité chez frère qui demeure juste en face de chez ma mère. Chaque matin, nous traversions chez elle et elle nous préparait le déjeuner. De s'occuper de moi était pour elle sa façon de consoler sa peine de grand-maman. Et moi de me faire dorloter par ma mère, était d'un réconfort inestimable. Elle nous a aussi prêté sa voiture pour tout le temps de notre séjour. Merci pour tout chère Maman xxx

Nous avons été reçu chaque soir pendant 3 semaines! Des soupers de famille remplis d'amour, de paix et de câlins. Des soupers avec des amis, rempli de réconfort, d'écoute et d'encouragements. J'ai beaucoup de gratitude envers mes proches pour ces bons moments, ces bons mots, ces gestes réconfortants. Malgré toute cette générosité, je dois maintenant apprendre à vivre sans lui, pour le reste de ma vie. Je comprends que j'ai un long chemin difficile à faire, et que je suis seule à le traverser. Ma douleur est si grande que je la compare à un éléphant. Et qu'un éléphant se mange une bouchée à la fois. Je choisi de vivre ma peine par petites bouchées, une à la fois, car de voir l'éléphant, c'est trop gros pour moi...

Pendant le temps que nous étions à Montréal, rien n'a été fait pour notre safran. Les discussions entre Stéphane, le propriétaire du chantier maritime à Spanish Wells, la compagnie d'assurance et l'évaluateur de sinistre tournaient en rond, Mon capitaine aussi tournait en rond... Il nous fallait revenir au bateau. D'abord pour faire progresser les choses, ensuite pour occuper mon homme, et finalement pour retrouver notre chez nous! Notre bateau est maintenant notre maison et c'est chez nous que nous voulions être. Nous avions besoin de retrouver notre intimité, et notre tranquillité. Nous avons repris l'avion et sommes arrivés, ensemble, le 27 novembre. Nous avons dû faire le même parcours que 3 semaines auparavant et je revivais les mêmes émotions que j'avais vécu pendant ce chemin inverse, suite à la nouvelle. Ce fût très difficile.

Nous revenions à l'endroit où on voulait être, mais avec des sentiments partagés. Mon deuil commençait et j'associais le bateau à une mauvaise nouvelle. De plus, je regardais du haut des airs les hauts fonds et bancs de sable dans la magnifique mer turquoise des Bahamas et je voyais seulement les risques de s'échouer... Je réalisais que nous avions vécu un choc et qu'il fallait le digérer... Malgré tout, ça faisait du bien de retrouver notre Ambition, et certains points de repères.

Pour le safran, nous devions évaluer 3 options différentes. D'abord, que Beneteau nous envoie un safran neuf déjà usiné, mais que nous devions faire ajuster pour notre modèle de bateau. C'était compliqué et risqué, par conséquent, cette option fût écartée la première. Ensuite, de faire réparer le safran actuel par un gars qui se nomme Chris, un américain qui a une maison sur l’île et qui construit des bateaux. Il aurait été en mesure de réparer mais sans garantie. Notre plan de navigation pour les prochaines années étant trop exigeant, nous avons opté pour une solution durable et plus sûre. Avec l'accord de l'évaluateur en sinistre, nous avons donc décidé d'envoyer le modèle original à Fossfoam en Floride, et de faire fabriquer un safran neuf, sur mesure. Les procédures administratives et de douanes dans un cas comme le nôtre sont longues et fastidieuses. Notre safran est donc parti près d'une semaine après notre arrivée, a pris plus d'une semaine à se rendre chez Fossfoam, ça prend en moyenne 2 semaines à fabriquer, et on doit compter une autre semaine pour revenir. En ajoutant la période des Fêtes dans tout ça, on prévoit avoir notre bateau près à naviguer seulement en janvier, et encore!

Notre voilier est présentement au quai. Ils n'ont pas l'équipement nécessaire pour le sortir de l'eau. Une inspection sous marine a été effectuée et ne montre aucun autre dommage sous la coque, heureusement. Nous sommes donc dans un chantier maritime, avec des travaux bruyants qui se font autour de nous, avec le trafic du port, la rue qui est juste devant nous, sans eau courante. Bref ce n'est pas l'endroit idéal pour rester. Chris, l'américain, dès qu'il a appris que nous devions attendre plus d'un mois dans ces conditions, nous a spontanément offert sa maison! Pour une somme dérisoire, nous pouvions bénéficier de sa belle maison, rustique mais très confortable, car lui quittait l'île pour quelques mois dans les jours qui suivaient. Sa maison est située sur l'île voisine, Russell Island reliée par un petit pont, avec une vue imprenable sur la mer, avec un studio séparé pour accueillir des invités, et voisins absents. Un havre de paix idéal pour vivre mon deuil, se refaire des forces, et bénéficier de repos. Nous avons loué une voiturette de golf pour se déplacer et tout est parfait!

La vie me surprendra toujours. Des pertes inattendues à des moments de grâce, de l'amour immense pour mes enfants à des inquiétudes pour eux, des joies intenses entre amis à des gestes de générosité par les gens qui m'entourent... Je cite une de mes phrases préférées du film Forest Gump: "la vie est comme une boîte de chocolat, on ne sait jamais sur quoi on va tomber!"  

Ma fille aînée venait nous rejoindre 2 jours après notre arrivée. Martine vivait difficilement la perte de son frère et nous avions besoin de ce temps ensemble. J'ai pensé qu'il était moins difficile de panser ses blessures dans un endroit paradisiaque, que dans la grisaille de Décembre à Montréal... Nous avons pris soin l'une de l'autre. Nous avons pleuré notre beau Julien, mais nous avons aussi passé de très beaux moments. Stéphane a été d'une grande générosité avec elle et s'est bien occupé à lui changer les idées. La maison que nous habitons était parfaite pour cette rencontre. Il a fait beau et chaud, nous en avons bien profité. Voici une vidéo que j'ai fait pour elle, qui représente un sommaire de ses "vacances-convalescence" avec nous. Avec son accord, je me permets de la partager avec vous. La vie continue et on se doit de la célébrer...

Martine aux Bahamas