vendredi 29 mars 2019

Traversée du Pacifique


28 Mars 2019
Atuona, port d’entrée sur l’Ile Hiva Oa, dans l’archipel des Îles Marquises, en Polynésie française.





Je n’ai pas crié Terre! Terre! car mon homme dormait mais j’ai vu l’Ile et ses montagnes vers 5h30 am heure locale. Nous avons jeté l’ancre à 10h. Ça y est, nous voilà enfin arrivés! En plein milieu du Pacifique, avec notre voilier! Je vous rassure, ce fut une belle traversée. On n’a pas rencontré de conditions difficiles et la mer était relativement clémente. Cette mer porte bien son nom: PACIFIQUE! On pourrait ajouter un autre surnom: VARIABLE. Notre plus grand souci dans les 3 dernières semaines était de régler nos voiles avec un vent changeant constamment en 8 et 20 nds et retour à 8 dans la même minute. Ça nous faisait changer de cap souvent. Il fallait fréquemment intervenir pour ajuster l’auto Pilote, ou les voiles. Mais dans l’ensemble, tout s’est bien passé, au delà de nos espérances. Si je compare cette traversée à ma TransAtlantique, elle a été plus facile car les vagues étaient moins fortes tout au long du parcours (plus confortable et moins de mal de mer). Elle fut plus longue, certes, mais nous étions conditionnés. Malgré la hâte de mettre pieds à terre, on n’a pas trouvé ces 31 jours aussi longs et pénibles que nous l’appréhendions.

Ce n’était pas une sortie de plaisance ordinaire. Ni une grande partie de plaisir. Nous avions une mission à faire et nous l’avons accomplie du mieux qu’on le pouvait. Nous devions amener Ambition jusqu’ici, en toute sécurité, afin de poursuivre notre voyage, et c’est fait! Certains se disent qu’ils n’auraient pas pu faire ça. Je réponds qu’avec une bonne préparation, beaucoup de détermination, de la patience, et un peu de chance, je suis certaine que tout le monde peut le faire! En bonus, nous avons vécu de beaux moments de grandes complicités. Il régnait à bord une harmonie, un respect de l’autre et une bonne humeur qui nous ont aidé à supporter ce long périple. Voici quelques chiffres en vrac:

3825 Milles nautiques de parcourus (6885 km)
Nombre de jours continus en mer: 31 jour
Moyenne de MN par jour: 124,4 MN
Moyenne de vitesse: 5,2 nœuds
Nombre d’heures moteur: 78 h
Nombre d’heures à voiles: 662 h
Jours de pluie: 2 plus quelques rares averses
Couverture nuageuse: - de 40% du temps
Ciel ensoleillé: + de 60% du temps
Température moyenne: 28 C
Changements de fuseau horaire: 3,5
Nombre de repas à planifier et à préparer: 93
Nombre de fois ou j’ai vomi: 1 seulement ;-)
Nombre de mésaventures: 2



Je considère cette traversée en deux grandes étapes. La première était de prendre un cap plein sud en partant du Panama et de dépasser les îles Galapagos un peu à l’ouest. On savait que nous aurions de grandes zones sans vent et nous étions inquiets de ne pas avancer ou de devoir utiliser trop de réserve de diesel. Mais avec l’aide de notre fidèle ami Philippe à Montréal qui nous a bien guidé au travers les courants et les poches de vent entre de larges bandes trop calme, on a été en mesure de bien avancé. Le vent variait entre 5 et 15 nds. On devait alterner entre moteur, spy, et génois, avec ou sans Grande voile. Une de nos activités régulières était d’installer le spy, de retirer le spy. D’installer le tangon à tribord, de remballer les voiles et ressortir le tangon à bâbord. On a ajusté les voiles comme jamais auparavant. On devient bons, enfin! On a bien profité de la brise aux endroits où elle passait. Les vents faibles ont permis de profiter d’une mer plutôt calme. Nous n’étions par conséquent pas trop importunés par les vagues. Je me suis évité un mal de mer pour les premiers 8-10 jours. On a réussi à faire du chemin plus rapidement qu’on ne l’espérait. Cette étape de 1000 MN a été accomplie sans trop de difficulté finalement.



Une fois sorti de cette zone de convergence et atteint les alizés du Pacifique (vent constant de l’Est qui nous portera tout au long du reste du parcours) la seconde partie s’avérait encore plus simple. Une direction plein ouest, légèrement vers le sud, une ligne droite vers les Marquises. Nous avons bénéficié d’un vent soutenu pendant ces 2800 MN. Comme je le mentionnais plus haut, le challenge était qu’il variait constamment entre 8 et 20 nds (parfois avec pointes à 25 nds) à chaque 5 minutes et que sa direction était parfois E, parfois SE. On devait surveiller étroitement les voiles et le cap pour rester proche de notre ligne directe. Il y a eu quelques jours ou nous avancions rapidement, d’autres plus lentement. Certaines journées la mer était un peu plus agitée et j’avais le cœur dans la flotte mais j’ai mieux géré ma médication et ce fut moins pénible. En général, ce fut moins difficile que je m’attendais!

Nous avons passé la ligne de l'Équateur a 2h am pendant un de mes chiffres. Je n'ai pas osé réveiller mon homme mais passer dans l'hémisphère sud a un certain effet. Voici notre GPS avec les coordonnées live pour montrer que nous étions vraiment!



Les nuits entrecoupées ont eu raison de notre corps. On ressentait une baisse d’énergie. Comme lorsque nous sommes en convalescence et que notre seul activité à faire est de se reposer, nous avons pris le parti de nous considérer comme tel. Notre unique activité était de conduire le bateau, et le reste, on se reposait ou on répondait a nos besoins de base. Bien manger 3 fois par jour, bien s’hydrater surtout, et prendre des collations, prendre une bonne douche chaque jour (vive notre dessalinateur!).


Autrement, pas de pression à faire quoi que ce soit d’autre. Certaines journées étaient plus productives que d’autres mais, en général, on a choisi de seulement prendre soin de nous même. C’était notre unique job à faire. J’appréhendais de « capoter » de vivre dans un espace restreint pendant si longtemps. Lorsqu’on est disposé à vivre cette expérience, contre toute attente, on se résigne assez facilement et on vit bien avec ça. Ce fut moins difficile que prévu. Il n’était pas question de se plaindre. Même mon homme, qui peut être parfois négatif à ses heures, il m’a agréablement surprise. Il a été positif et patient, (presque) tout au long de cette navigation.

Nous avons vécu 2 mésaventures avec les équipements. Compte tenu du chemin parcouru, on considère que ce n’est pas trop pire... Autour du jour 20, par un vent de 10-12 nds, nous avons retiré les voiles régulières pour installer le spy. On souhaitait avancer plus vite. Les vents variants constamment ont fait en sorte qu’on s’est retrouvé en vent de travers soudainement, par un coup de vent violent. La voile s’est projetée sur le côté opposé, complètement hors contrôle. Elle a déchirée. La tête de la voile s’est arrachée de la chaussette, et la voile a ensuite déchiré de haut en bas, sur le guidant (bord qui longe l’étai). La voile est tombée à l’eau. On a pu la récupérer. On a aussi pu récupérer notre drisse (cordage qui la monte en tête de mât) puisque la chaussette était accroché dessus. On adore cette voile et on espère pouvoir la faire réparer si on trouve un atelier en Polynésie.


L’autre mésaventure aurait pu être dramatique de conséquences mais on s’en est bien tiré. À la nuit 23, Stéphane devait partir le moteur une petite heure pour maintenir les batteries plus hautes. En embrayant, il se rend compte que l’hélice ne fait pas avancer le bateau. Il va tout de suite vérifier dans la chambre du moteur et il constate que l’arbre (shaft) qui relie l’hélice hors du bateau à la transmission dans le bateau n’est plus la! Et que le trou laissé béant est devenue une fuite d’eau importante! Il me réveille (je l’entends encore crier LOUUUIIIIISE!) Branle bas de combat! On doit colmater le trou et pomper l’eau qui entre (pas trop rapidement heureusement) dans la cale du moteur et la cale principale du bateau. Nous avons différents bouchons en bois de toutes les grosseurs a portée de main alors ça fait bien l’affaire. L’eau de mer ne rentre plus. Ensuite on pense à l’hélice. Est ce que le shaft est complètement sorti de son socle et qu’on a perdu l’hélice? Coulée au fond de l’océan? Ce serait une catastrophe! Mais on sait que le safran (gouvernail) est situé juste derrière l’hélice et qu’en principe, il devrait la retenir. En équilibre mais la retenir quand même. Pour cette raison, on devait tout de suite l’immobiliser afin qu’il ne frotte pas sur l’hélice en laiton pour l’endommager, et surtout, qu’il ne la fasse se déplacer et la faire tomber. On rentre sur les champs toute les voiles pour arrêter le bateau. On fixe la roue dans le cockpit avec des cordages afin d’assurer l’immobilité complète du safran. Stéphane s’affaire à retirer l’eau dans le bateau. Il est 4h du matin et on doit attendre la lumière du jour pour aller voir sous la coque ce qui se passe et surtout, si notre hélice est toujours la. On attendra patiemment pendant 3h... Je vous rappelle qu’un bateau qui n’avance pas en pleine mer est ballotté dans tous les sens par les vagues. Le bateau est constamment emporté dans un grand roulis et les vagues frappants le bateau lui font faire des bonds vertigineux dans l’eau... Stéphane devait plonger dans cette eau et aller sous la coque. J’avais tellement peur qu’il se fasse assommer par la coque rigide tellement le bateau frappait fort dans l’eau. Il pouvait vraiment subir une sévère commotion. Il a pris son courage à deux mains, son masque, son tuba, ses palmes, une corde attaché à sa taille pour le rattacher au bateau et il est allé. Premier constat: 1) l’hélice est encore là, juste le shaft qui est sorti, 2) une corde de nylon fait plusieurs tours autour de l’hélice et c’est ce qui a du faire forcer l’unique écrou qui tient le shaft en place, et 3) il a eu le temps de voir que la coque est remplie d’algues et de coquillages (oh boy la grosse job à faire en arrivant...). Il a du faire plusieurs plongées, toujours en apnée, pour aller couper le cordage entremêlé dans l’hélice (une chance que la chasse l’a entraîné à garder son souffle!). Moi je le surveillais du cockpit, prête à le tirer par la corde et le ramener à bord s’il venait à se faire assommer... imaginez la scène! Ensuite il fallait remettre le shaft en place. Moi je devais être dans la chambre du moteur, récupérer le shaft que Stéphane pousserait sous l’eau, et le maintenir avec mes mains, jusqu’à ce que Stéphane remonte à bord, se sèche, et vienne prendre le relais. Le maudit shaft qui me glissait des mains et qui, avec le courant qui nous faisait avancer de plus d’un demi noeud, faisait une forte pression pour ressortir. Je ne voulais tellement pas que mon homme soit obligé de retourner à l’eau par ma faute. Je l’ai maintenu de toutes mes forces. On a pu ensuite mettre des pinces pour le garder à sa place. Stéphane avait pris la peine avant d’aller à l’eau de bien préparer ses outils et de défaire l’installation pour accueillir le shaft. Il a mis un nouvel écrou, réinstaller et solidifier tous les morceaux pour que tout soit solide et impeccable. Note ici: mon capitaine si consciencieux et perfectionniste avait vu l’année dernière que l’écrou qui tenait le shaft n’était pas idéal (trop court) et pourrait peut être présenter un risque. Lors de notre séjour au Québec l’été dernier, il a été faire usiner, sur mesure, un nouvel écrou. Juste par mesure de précaution. Alors c’est cet écrou qu’il a installé et qui est bien meilleur que l’original! Quand je vous disais qu’il est prévenant! Merci mon homme!!! Alors on a reparti le moteur, l’hélice fonctionnait très bien. On a remis toutes les voiles et on a continué notre route. Depuis ce jour, si on doit partir le moteur, le shaft tient très bien. Mon capitaine a été mon héros cette nuit là!

Le bilan de nos nouvelles batteries? Elles gardent nettement mieux la charge, c’était le but. Mais en navigation, notre consommation est vraiment trop élevée. L’auto pilote bouffe beaucoup d’énergie. Le GPS est toujours en fonction. Les transmissions de courriels et de nos rapports de position par la radio HF sont aussi très énergivores. Produire de l’eau consomme beaucoup. Et on ne se gênait pas pour charger les tablettes et l’ordinateur chaque jour. Malgré qu’on fermait le frigo régulièrement, les batteries avaient de la difficulté à se maintenir au maximum. En vent arrière, l’éolienne reçoit beaucoup moins de vent et n’est donc pas très productive. Il fallait se fier seulement sur nos supers panneaux solaires. Imaginez vous qu’avec un cap plein ouest, et la Grande Voile ouverte et choquée à tribord pour une voilure en ciseau, et bien les panneaux se retrouvaient dans son ombre une bonne partie de la journée! Ironique d’avoir investi dans ces panneaux et qu’ils n’étaient pas au moins 12h par jour au soleil! Surtout qu’il a eu de longues journées nuageuses. Toujours est il que nous avons du, pour les 2 dernières semaines, nous résigner à partir le moteur 1 heure ou 2 chaque nuit.

C’était le rêve de mon homme depuis toujours, la Polynésie! Pour ma part, le goût de découvrir ces îles exotiques en accompagnant celui que j’aime à accomplir son rêve l’ont emporté sur le sacrifice de faire cette traversée. Je suis fière de moi et je n’ai aucun regret! À moi les nouvelles aventures maintenant! J’ai repoussé mes limites! Je pourrai me dire que j’ai accompli ça dans ma vie! Quel trip inespéré, inattendu, et combien satisfaisant! Comme quoi il faut toujours rester ouvert aux propositions que l’on nous offrent...

Ces 31 jours ont passé quand même vite. Chaque journée qui se terminait nous rapprochait de notre but et ça nous encourageait. On prend finalement un rythme en traversée et ça se vit bien, même si parfois on est fatigué ou que notre patience approche nos limites. On était surpris de voir les journées passées si vites. Je n’ai pas eu de gros moments de découragements. À tour de rôle, nous avions nos petits moments d’écœurement. Heureusement nos états d’âmes n’étaient pas en meme temps et ils étaient de très courtes durées. Je ne suis pas virée folle comme j’appréhendais. Alors pour moi ce fut un succès!

Nous dormions en moyenne 8h par jour, à tour de rôle, en 3 périodes. Donc 8h par jour on se retrouvait chacun seul en charge de la navigation, et 8h par jour on se retrouvait les deux ensembles. Lorsqu’on se retrouve seul dans le cockpit, on passe le temps. Stéphane fait une heure par jour d’exercices et d’étirement. Je suis moins disciplinée que lui. J’essaie de lire, mais c’est difficile, ça me donne la nausée. Je fais des Scrabble ou d’autres jeux sur la tablette. Je regarde des films la nuit. Il adore reparler des films qu’on a vu chacun notre tour le lendemain. J’écoute des Balados diffusion (télécharges avant de partir sur le site de Radio Canada). Et surtout j’observe la mer. Contre toute attente, on ne se tanne pas de la regarder cette belle grande bleue!

Le temps que l’on passe ensemble est très agréable. On prend nos dîners et nos soupers toujours ensemble. C’est un plaisir de manger et on ne lésine pas sur la qualité de nos repas. On accompagne presque toujours notre souper d’un verre de vin. Il faut bien se récompenser de nos efforts. Car oui, malgré qu’on ne fasse pas grand chose dans une journée, c’est un effort de juste vivre sur un bateau en navigation. Et on discute beaucoup. Malgré tout le temps que l’on a passé ensemble depuis 5 ans (le début de notre relation) mais surtout à vivre 24h/7 ensemble depuis 2 1/2 ans, on a encore et toujours des choses à se dire. Ça m’épate et ça me ravie! On se raconte des souvenirs d’enfance, des histoires de jeunesse, des anecdotes de travail, nos nombreuses aventures de voyages. Je parle de ma vie, mes enfants, ma famille. Il me raconte la sienne. On discute de notre plan de navigation de la journée, de nos objectifs et destinations des prochains mois. On parle de nos futurs projets de voyages autre qu’à voile. On discute de notre retour futur au Québec et de la vie qu’on souhaite après le trip du voilier. On partage nos réflexions, nos inquiétudes et frustrations en toute transparence et c’est rassurant, réconfortant. Quel bonheur et merci la vie d’avoir mis cet homme fascinant sur ma route...


Je parlais plus tôt de grande complicité et j’apprends que, pour moi, c’est un aspect tellement important dans le couple. Nous formons une équipe solide, un duo avec des forces complémentaires, autant pour la navigation que pour la vie en général. On se découvre et on se connaît mieux, on grandi grâce à l’apport de l’autre. La complicité c’est une étroite intimité ou tu peux te mettre à nu devant l’autre sans aucun filtre et sans peur de te faire juger. L’intimité c’est de pouvoir te montrer vulnérable sans peur de l’échec. C’est de trouver l’autre beau et attirant malgré les effets de l’âge... C’est de célébrer ensemble nos succès mais aussi de rire de nos faiblesses et de nos travers. La complicité c’est d’accepter l’autre tel qu’il est. J’ai envie de vieillir auprès lui...

On a nos moments de disputes évidement, mais ça ne dure jamais longtemps et on est heureusement capable d’en parler et d’en rire par la suite. Il a un caractère fort et il aime prendre les choses en main. Autant ça m’a attiré et ça me convient, autant je dois accepter l’autre côté de sa médaille... Il me dit la même chose de moi. Il aime ma force de caractère et mon aptitude à foncer, mais il doit composer avec une femme qui n’est pas soumise, et qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. On se heurte et ça fait parfois des flammèches. Heureusement nous avons trouvé nos domaines d’expertises et nos champs d’intérêts ou chacun peut prendre le lead et où on est content de lâcher prise et laisser l’autre s’épanouir dans certains secteurs. On choisi nos batailles. Ça doit être ça « prendre de la maturité »...

Je ne vous partage pas mon journal de bord et nos performances quotidiennes. J’aimerais plutôt partager mes réflexions que j’ai eu au cours de cette traversée. Certains verront que je me répète peut être, car je n’ai pas relu tout ce que j’ai écrit depuis notre départ en Septembre 2016, alors soyez indulgent si mes pensées reviennent. Je souhaite simplement exprimer spontanément certaines émotions que j’ai vécues.

La mer

Comment décrire la mer? La mer bleue nous entoure à l’infini. C’est tout ce qu’on voit pendant 31 jours. C’est beau, surtout avec un ciel ensoleillé. Celui ci rend la couleur de l’eau d’un bleu saphir profond, avec presque des teintes de mauve. Lorsque le ciel est nuageux, ça devient plutôt gris comme le ciel. Les vagues se répètent, se répètent et se répètent encore, sans cesse. La plus grand partie du temps, pour éviter les nausées ou pour juste se reposer, on regarde la mer. Lorsqu’on la fixe, on devient presque hypnotisé par le mouvement des vagues. Ça nous invite à la réflexion, à l’introspection, à la méditation. Même si c’est un décor uniforme et répétitif, ça bouge constamment avant de se fondre avec l’horizon. Regarder la mer est un plaisir, même après tout ce temps. Je pensais qu’à un moment, je ne serai plus capable de la regarder. Que je souhaiterais voir autre choses, des couleurs et des textures différences. J’étais certaine de me lasser de ce vaste néant, toujours pareil. Mais ce n’est pas le cas. C’est difficile à expliquer mais comme c’est toujours changeant et que c’est apaisant, ça demeure réconfortant de se perdre dans cette immensité.

À part dans le golf de Panama, on n’a pas croisé de cargos sur notre route. On a vu 2 bateaux de pêches au large des Galapagos, en pleine nuit, dont un qui est passé vraiment proche de nous, trop proche. C’était risqué car on ne savait pas sa direction et nous étions à voile. Mais bon, plus de peur que de mal. On s’est fait dépassé par à peine 4 voiliers. Ces catamarans qui vont bien plus vite que nous et qu’on croisera sûrement en Polynésie. Aucun voilier ne fait le chemin inverse car on suit tous la route des vents. Nous sommes partis avec Frimousse mais dès la première nuit on s’est écarté l’un de l’autre et on ne les a pas revus. Au début, nous pouvions se parler chaque jour sur la radio HF mais après 2 semaines, les communications étaient interrompues à cause des fréquences. Seul un courriel reçu régulièrement par notre routeur ou par ma mère nous liait à la civilisation. À part ça, nous étions vraiment seuls au monde! On doit compter que sur nous même et sur notre Ambition pour nous amener à bon port. On était vraiment, vraiment, vraiment loin de tout le monde. Fallait pas trop y penser car ça pouvait donner le vertige lorsqu’on s’y attardait...

Sur l’eau, on voit beaucoup de poissons volants. Ils sortent d’une vague, volent pendant plusieurs secondes au dessus de l’eau, et replonge plus loin, se sauvant d’un gros poisson à ses trousses. On surveille car on aime tellement voir lorsqu’un gros poisson saute hors de l’eau, en train de chasser. Plusieurs de ces poissons volants se retrouvent sur notre pont, échoués la, sans possibilité de rejoindre l’eau. Dans la première moitié du trajet, les vagues transportaient aussi des seiches (genre de petit calmars) jusqu’à notre pont. Chaque jour Stéphane devait faire sa tournée et nettoyer les dégâts. Les seiches laissent de l’encre noir sur notre pont tout blanc, imaginez la réaction de mon homme! Dans le golf du Panama, on a vu des dauphins. Un immense banc de dauphins, au moins une centaine! Ils nageaient en troupe et sautaient sans arrêt, poursuivant leur route juste devant nous, en faisant des flips et des vrilles. C’était très impressionnant! Nous avons mis la ligne à l’eau régulièrement sans succès. Nous étions étonnés que cette mer si grande n’offre pas de poisson à pêcher... Et bien pour notre dernière journée, contre toute attente, nous avons pris 3 poissons! De petits thons et un bébé mahi- mahi. Comme quoi la mer voulait nous faire cette offrande avant qu’on arrive!








Les oiseaux sont aussi nombreux en mer. C’est un paradoxe qu’on ne s’explique pas encore. Ils sont à des centaines de milles de la terre, et ils virevoltent au dessus de l’eau constamment. On ne les voit pas se déposer, ni se reposer. Des petits noirs avec le dessus des ailes jaunes qui planent très bas, entre les vagues. La nuit ces derniers viennent piailler autour du bateau, cherchant peut être à s’y déposer sans succès. De plus grands oiseaux tournent autour du bateau et peuvent nous suivre un certain moment. Un en particulier, aussi gros qu’un canard avec des pâtes palmées et un long bec rose, nous a adopté. Il a réussi à se poser sur notre balcon avant et y est rester pendant 2 jours et 3 nuits! Il nous a accompagné sur une longue distance et on se demandait s’il pourrait se repérer ensuite. Il se protégeait du vent juste derrière le point d’armure du génois. Il partait chasser un poisson autour et revenait se poser. On allait le voir et il ne semblait pas effrayé. On l’a affectueusement surnommé Arthur.



Les vagues sont fascinantes, intrigantes, reposantes, dérangeantes et parfois effrayantes. Un jour elles arrivent dans le sens du vent. Plus tard, on les reçoit d’un autre angle. Le pire c’est lorsqu’elles arrivent des deux côtes du bateau en même temps, ça nous fait faire la pendule de gauche à droite constamment et c’est très désagréable. Difficile de se tenir debout ou de faire la cuisine dans ces temps là. Les vagues sont formées par le vent. Elles atteignent une hauteur moyenne selon la force du vent mais après une certaine fréquence, environ une centaine, deux vagues du double de la hauteur nous arrivent soudainement. Les vagues effrayantes sont celles qui nous bousculent violemment. Elles éclaboussent le bateau au complet, elles font pencher le bateau un peu trop, et elles peuvent nous faire surfer un peu trop vite à notre goût. Ces vagues arrivent sans s’annoncer. Alors durant la nuit, elles sont encore plus effrayantes. J’apprends à vivre avec elles. Je réalise que notre voilier est fait fort, il est bien capable d’en prendre, et j’ai confiance en lui. C’est seulement ma capacité d’encaisser ces vagues qui est limitée. Je réalise que je n’ai toujours pas le pied marin, même après 2 1/2 ans! Les vagues sont parfois si intenses qu’on se croirait parfois sur un petit taureau mécanique à faire du rodéo! Je n’ai pas beaucoup d’équilibre alors les déplacements sont ardus. Imaginez comment dormir avec ces mouvements! Et que dire du mal de mer... Mais j’avoue que cette traversée ci fut relativement bonne pour moi dans ce sens.


Les nuits

Naviguer 24h/7 sans répit nous oblige à faire des quarts de veille. Comme je le disais, ça arrive très souvent qu’un seul d’entre nous soit dans le cockpit. Heureusement que notre meilleur ami, le pilote automatique, est la pour prendre la roue. On n’a qu’à lui donner notre cap, et il fait une maudite bonne job en tout temps! Il nous reste à ajuster les voiles ou corriger le cap au besoin. Je suis maintenant autonome pour prendre des ris sur les voiles (réduite lorsque le vent forci), pour ajuster la route ou les écoutes. Mon capitaine est fier de moi. La nuit on ferme le cockpit partiellement avec des côtés en micas, pour se protéger du vent, des vagues qui peuvent éclabousser, ou de la pluie. Il fait très sombre la nuit, mais lorsque la lune luit, c’est magique comme atmosphère.

Après différents essais, notre cycle le mieux (je dirais plutôt le moins pire), est que je me couche tôt après le souper, vers 19h, et que je dorme jusqu’à 23h. Ensuite Stéphane dort de 23h à 3h. Je retourne dormir de 3h a 6h. Il se recouche de 6h à 9h. Tout ça vécu + ou - une heure. Nous sommes flexible et on laisse le plus souvent possible l’autre se réveiller seul. On fait chacun une sieste d’une heure ou plus en après midi. Mais à chaque réveil, mon dieu que c’est difficile! Notre corps n’est pas fait pour dormir seulement quelques heures et se lever. C’est pénible de sortir du lit, on devient comme des zombies. On arrive dans le cockpit et on se recouche sur la banquette, tout mou, un peu perdu. On sommeille en attendant de se réveiller complément. On met une alarme aux 20 minutes pour s’assurer de ne pas partir trop profondément, malgré que je suis incapables de dormir dehors. On doit faire le tour de l’horizon, 360 degré, pour s’assurer de ne pas voir d’autres bateaux aux alentours. On doit aussi vérifier si le cap est toujours bon, et que les voiles sont encore performantes. La nuit, lorsque je me lève, j’ai faim mais pas le goût de rien manger. J’ai la bouche sèche mais pas le goût de boire. J’ai froid et j’ai chaud en même temps. Bref ça prend au moins une heure avant de me réveiller et ensuite je me sens mieux. Lorsque la mer est calme, il nous arrive de sortir l’ordinateur dans le cockpit, de mettre les écouteurs et de regarder un film (j’en ai plusieurs en réserve sur un disque dur). Ça fait passer le temps plus vite et c’est agréable. Mais lorsque le vent est plus fort, ça fait trop de bruit, ça bouge trop et on doit rester vigilant pour les voiles, alors on s’étend, on regarde les étoiles, et on attend que le temps passe...on a juste hâte que l’autre se lève pour aller retourner au lit. On a beau dormir plusieurs heures dans une journée, le sommeil interrompu et surtout trop léger en vient à bout de notre corps. Effectivement, c’est un sommeil léger. Les bruits sont constants. On entend l’eau qui coule sous la coque, le vent qui souffle, la voile qui claque de temps en temps, les poulies qui grincent, les cordages qui s’étirent, le bateau qui craque. Sans compter le mouvement des vagues qui nous fait se balancer dans notre lit. Selon l’allure et la composition des vagues, des fois on dort dans la chambre avant, d’autres fois on se réfugie dans la cabine arrière.

Les peurs

J’aimerais aborder le thème de la peur. Certaines personnes ont peur de tout et ça les empêche d’avancer, de fonctionner, ou de sortir de leur zone de confort donc de découvrir autre chose auxquelles elles sont habitués. À l’autre extrême, il y a les téméraires qui n’ont peur de rien, qui prennent des risques, qui foncent pour découvrir plein de nouvelles expériences, mais qui courent parfois aux problèmes, ou qui peuvent se mettre dans la merde. Je me situerais au centre mais un peu plus du côté des fonceurs. J’ai toujours pris des risques dans ma vie pour avancer et grandir, mais des risques calculés, en mettant toutes les chances de mon côté.

Être sur un petit voilier et traverser l’océan est, pour certains, très téméraire et courageux. Mais pour d’autres navigateurs expérimentés que nous avons croisés, nous sommes considérés comme des plaisanciers assez peureux dans notre façon de naviguer. On est conservateur dans le déploiement des voiles et on ne pousse jamais la machine à fond, par conséquent on est plus lent. Mais ça nous convient. On étudie la météo et les bons moments de naviguer dans l’année et on ne part jamais si la météo n’est pas favorable. Notre seuil de tolérance par rapport à la force du vent et les conditions de la mer est plus bas que nos amis de Frimousse par exemple, et on vit bien avec ça. On choisi de se faire guider par un routeur lors de nos longues traversées pour qu’il nous indique les meilleures routes qui seront les moins difficiles. On a tous les deux une peur bleue des tempêtes. Une tempête peut être terrible à vivre comme individu et aussi très dommageable pour le bateau. On n’a jamais connu de mauvais temps en mer et on fait tout pour l’éviter. On ne peut pas tout prévenir et dame nature peut nous jouer des tours mais nous sommes très prudents à ce niveau. La peur de traverser une tempête est toujours la... On a lut et on connaît la théorie comment agir en cas de gros temps, mais on ne sait pas comment on va réagir en situation réelle. Mon homme est un bon capitaine mais il peut paniquer, il le reconnaît. Même chose pour moi. J’ai tendance à m’emporter facilement. Comment je réagirais dans des conditions extrêmes ou dangereuses? La mésaventure de l’arbre d’hélice me rassure qu’on fait une bonne équipe, et qu’on est capable de garder notre sang froid!

Une autre peur réelle nous guette en tout temps: un bris d’équipement qui mettrait notre sécurité (ou notre budget!) à risque. Tout peut briser sur un voilier et les conséquences peuvent être plus ou moins dramatiques. Briser une voile comme ça nous est arrivé, on peut vivre avec ça, car on a d’autres voiles de rechange. Le moteur arrête (ou on perd l’hélice!), finalement on a les voiles pour avancer et on peut se débrouiller avec le dinghy pour l’atterrissage. Mais briser un hauban, ou pire l’étai, et bien le mât peut risquer de tomber, c’est la catastrophe! Se faire frapper par la foudre et endommager irrémédiablement tout l’électronique, c’est aussi une catastrophe! On n’a pas de cartes papiers. Mais on a 4 GPS à bord avec des cartes électroniques, ce serait une grande malchance que les 4 tombent en panne en même temps. Si l’auto pilote brise, on est dans la merde. C’est extrêmement exigeant de barrer manuellement et on n’ose pas imaginer être obliger de le faire sur plusieurs jours. Mais le pire c’est la fuite d’eau incontrôlable... Et de devoir abandonner le bateau. On a une balise de détresse, un radeau de survie, et un grand sac contenant de quoi vivre pendant quelques jours. Mais quand même, on ne veut pas vivre ça! Toutes ces mauvaises expériences ont vraiment été vécues par des navigateurs... C’est pourquoi Stéphane part sur le pont faire une inspection quotidienne. Il observe le gréement, les manilles, les voiles, les cordages. Il détecte l’usure, prévient les risques, c’est sérieux. Je me sens soulagée par sa vigilance!

Pour ma part, une peur irrationnelle qui me vient souvent est qu’il tombe accidentellement à l’eau. Que je me réveille et qu’il n’est plus là. S’il est tombé plusieurs minutes auparavant et que l’auto pilote a fait poursuivre notre route, il serait impossible de le retrouver... Le jour, je pourrais peut être le retrouver mais il faudrait une mer calme (c’est rarement dans ce temps là qu’on tombe à l’eau). Mon dieu que je ne voudrais pas être obligé de faire les manœuvres de l’homme à la mer! C’est pourquoi la nuit, on s’attache avec un harnais. Je dors mieux en sachant qu’il est bien attaché au bateau. Il est aussi interdit d’aller sur le pont sans que je sois dans le cockpit, aux aguets et prête à intervenir rapidement. Si ça brasse trop, et surtout la nuit lorsqu’on doit changer de voiles (enlever le spi) ou installer le tangon, il s’attache toujours à la ligne de vie installée chaque côté du bateau. On n’est jamais assez prudent...

Une autre peur qui est bien réelle est la possibilité d’avoir besoin de soins médicaux d’urgence lorsque que nous sommes si loin de la terre. J’ai des antibiotiques pour différentes infections. J’ai une trousse de premiers soins pour des plaies légères. J’ai même tout le matériel pour faire des points de sutures et de la Xylocaine pour geler une plaie ouverte. J’ai du matériel pour faire un plâtre temporaire en cas de fracture. Mais s’il avait un malaise cardiaque? Un AVC? Des pierres au foie? Une appendicite ou péritonite qui demande une chirurgie d’urgence? La seule chose que je pourrais faire serait d’activer la balise de détresse et espérer que la garde côtière fasse détourner un autre navire pour venir à notre rencontre. Mais ça peut prendre des heures, voir des jours! Cette pensée ne me paralyse pas, et ne m’empêche pas de partir, mais elle est là.

Mais avec l’expérience, j’ai moins peur des vagues, je les apprivoise. Je sais que le bateau les prend bien. J’ai moins peur du vent, on contrôle mieux les voiles. J’ai moins peur du mauvais temps, car on sait ce qu’il faut faire. J’ai moins peur de l’isolement, je me sens bien avec moi même. J’ai moins peur d’être à l’étroit avec mon homme, je suis bien avec lui. Avec le temps, j’ai moins peur de m’ennuyer de mes proches, on se parle ou on s’écrit régulièrement. J’ai moins peur de manquer ma vie d’avant, car j’aime beaucoup ma vie présente. J’ai moins peur de manquer de défis, car j’en vis suffisamment dans ce voyage. J’ai moins peur de manquer mes filles. Je les sais heureuses, aimées et bien entourées. J’ai moins peur d’oublier mon fils... Il est bien présent, dans mon cœur, mes pensées, mes rêves. Je continue de l’aimer, inconditionnellement, et ça me fait du bien...

Conclusion

Bref j’ai beaucoup plus de « moins peur » que de « peurs » alors je poursuis ma route avec sérénité et confiance! Nous avons fait la moitié du Pacifique en 31 jours, sans escale. Nous prendrons 2 ans pour faire la seconde moitié de cette immense océan, en explorant plusieurs îles et en faisant beaucoup d’escales. Un beau terrain de jeu qui s’ouvre devant nous!

PS: Nous sommes partis en même temps que nos chers amis Sophie et André de Frimousse. Nous avions un contact radio ou courriel presque chaque jour, ce qui était rassurant. Toutefois, il a toujours été clair entre nous, qu’on ne naviguait pas ensemble nécessairement. Ils sont plus expérimentés que nous, ils ont un voilier plus rapide que le nôtre, et on choisissait chacun notre stratégie de route et de voilures. Il n’était pas question de course ici, et on s’était dit qu’on ne s’attendait pas. Ils ont été plus rapides que nous en TransAtlantique. On les avait rattrapé seulement parce qu’on a fait partir le moteur pour les 2 derniers jours. Cette fois ci, ils ont du se contraindre à ralentir et ils arriveront 4 ou 5 jours après nous. Leur auto pilote ne fonctionnant plus, ils doivent compter sur leur régulateur d’allure. Il est reconnu que cet appareil est parfais pour différents vents, sauf en vent arrière. Nous avons été en vent arrière pendant les 3 dernières semaines... En plus, ils ont endommagé leur tangon par une nuit de vents plus forts. Ca fait donc 3 semaines qu’ils naviguent avec les voiles réduites. Le régulateur exige une surveillance et une intervention constantes. Ils vivent une navigation plus exigeante que le nôtre, et ils doivent user de beaucoup de patience. Nous sommes de tout cœur avec eux et avons très hâte de se retrouver tous ensemble pour célébrer cette traversée. On se promet de belles découvertes et de beaux moments ensemble, dans le reste du Pacifique!

PS2: je vous invite a m'écrire plus bas vos commentaires ou vos questions spécifiques pour ceux qui en ont. Il me fera grand plaisir d'y répondre.. xx

dimanche 24 février 2019

Panama Les Iles Perlas et le Grand Départ


11 Février

Après 37 jours passés au mouillage de l’Ile Perico (Las Brisas), près de Panama City, on lève ENFIN l’ancre vers de plus beaux rivages. Je dis ENFIN car ce n’était pas très agréable… On ne peut pas se plaindre si on se compare aux québécois qui vivent un hiver d’enfer pendant que nous, ici sur la côte Pacifique, il faut très beau et chaud chaque jour!  Toutefois, l’eau n’est pas très propre donc on ne peut pas faire de l’eau, en plus de rendre la coque épouvantable. La poussière de la ville rend le bateau et les cordages noirs de saletés. Mais surtout, la baie est très exposée au vent et on y voit des vagues de 2 à 3 pieds la plupart du temps. Ça brasse! Et que dire de nos déplacements en dinghy! On se fait mouiller à chaque sortie, sans parler du quai à dinghy qui n’est vraiment pas commode. On met notre annexe à risque de se briser à chaque fois qu’on l’accroche à l’étroit et petit espace où il est permis d’aller. On nous oblige à s’accrocher les uns par-dessus les autres, derrière un ponton flottant très proche des roches. Lorsque la marée descend, nos hors-bords frôlent les rochers dangereusement. Les gens responsables du quai sont inhospitaliers avec les navigateurs et appliquent des règlements absurdes, qui nous donnent des ennuis.

Mais malgré ces inconvénients, c’était gratuit et pratique. La longue promenade aménagée le long de la rive est magnifique et j’y faisais mon jogging régulièrement. Une boutique de très bons vins (Felipe Motta) était à proximité. Et le bus qui nous amène en ville et au centre commercial Albrook passe souvent. Cet immense centre d’achat avec 2 grandes épiceries, des quincailleries, pharmacies et des centaines de boutiques, on se rappellera. Je n’ai jamais été aussi souvent dans un centre d’achat que dans ces dernières semaines. J’ai une écœurantite aigue du magasinage… mais c’est bien pratique lorsque nous avons des besoins.  Bref vivement partir d’ici!

On s’est arrêté à Taboga, une petite île touristique, toute proche de la ville. On a pris le temps de marcher un peu sur l’ile mais on a surtout mis beaucoup d’efforts pour gratter la coque. Passer autant de temps dans des eaux polluées sans bouger, la coque et l’hélice étaient remplies d’algues et de coquillages. On met nos wetsuits (l’eau est nettement plus froide ici contrairement aux Caraïbes ou sur la côte Atlantique) ainsi que nos masques-tubas, et on doit gratter tout ce qui est sous l’eau, jusqu’au-dessous de la quille. Ça nous prendra 3-4 jours à raison de quelques heures à la fois. Stéphane devient très fort à garder son souffle et rester sous l’eau longtemps. On frotte avec des grattoirs et des genres de récurant (Scottbright).  C’est presque un sport extrême, très exigeant. Pour ma part, je me contente de la ligne de flottaison et du premier pied sous l’eau car je n’ai pas l’endurance de faire plus loin…






Les Iles Perlas

Ces îles, plus de 35 MN au sud du continent, appartiennent au Panama. Elles sont très peu habitées et présentent des paysages sauvages de toute beauté. L’eau est fraîche et bonne, quoi qu'un peu trouble. Les plages sont désertes. Les forêts sont remplies d’oiseaux qui jacassent et qu’on voit plonger dans l’eau pour pêcher. Ces îles sont pourvues de forêts si denses qu’il est malheureusement impossible d’y pénétrer et d'aller les découvrir.

Nous avons mouillé avec Frimousse et nos nouveaux amis de Vagabond dans les îles Contadora, Mogo Mogo et Espiritu Santo (ça sonne exotique n'est ce pas!). Anisia (suisse française) et Thomas (suisse allemande) du petit voilier jaune Vagabond, sont très sympathiques. Nous les avons connus dans le canal et on les a côtoyé a Panama. Lui navigue depuis 30 ans et a déjà quelques grandes traversées derrière la cravate, dont le Pacifique. Il est puriste et simpliste comme navigateur, mais riche d'expériences et d'histoires a raconter. Elle, a débuté la vie en mer il y a quelques années, comme moi, et tente de s'adapter du mieux qu'elle peut. Elle a beaucoup voyagé, elle a vécu en Inde, en Afrique, et elle aussi a beaucoup d'histoires a raconter. Elle m'apprend a cuisiner des curry indiens délicieux et on aime partager de belles soirées en leurs compagnies. Le soir du 15 février, pour souligner l'anniversaire de Stéphane, on a partagé un souper sur Ambition, tous les six. J'avais fait le gâteau préféré de mon homme, un fondant au chocolat! Et nous avons dansé toute la soirée jusqu’à minuit! Ce fût une magnifique soirée et une belle rencontre!



Les mouillages sont superbes, et surtout bien tranquilles. Nous apprécions les nuits calmes et sans mouvements. Le jour, on se précipitent pour aller chasser. Stéphane et Anisia sont les experts a la chasse sous-marine. Chacun avec leur fusil-harpon, ils nous rapportent des poissons qu'on mange le soir même. Stéphane a pris 3 fois des supers beaux amber jacks. Sophie et André préfèrent pécher a la ligne en dinghy. Un soir, nous avons fait une dégustation de 4 sortes de poisson, qu'on a pu ensuite comparer et dire lesquels étaient nos préférés. Ces 2 semaines passées (en vacances) nous ont faites du bien.




Un autre soir, nous avions convié d'autres navigateurs français ainsi que nos amis pour un BBQ sur la plage. On a fait un feu et on a fait griller nos prises du jour. Tout le monde avait péché cette journée la et c'était très agréable de partager ce festin cuit directement dans la braise, et de discuter tous ensemble. André a sorti sa guitare, Sophie son ukulélé, et on a chanté autour du feu toute la soirée. On leur a fait nos bonnes vieilles tounes québécoises qui ont été bien appréciées par les européens. Une soirée magique! On vit des moments vraiment exceptionnels. 

21 Février

De retour a Contadera, cette île est la seule touristique du coin, avec épiceries correctes et wifi pas trop pire. C'est ici qu'on étudie la météo. On fait les derniers préparatifs pour la plus longue traversée sans toucher terre que nous ferons de notre vie! On vise les Marquises, en Polynésie française: 3 700 milles nautiques (6 660 km!!!) Ceci est en ligne directe, mais on devra faire des détours pour aller chercher le meilleur vent possible, ce qui rallongera certainement quelques centaines MN de plus. Notre défi ne sera pas d'affronter des tempêtes ou du mauvais temps (quoique nous ne sommes jamais a l'abri de dame nature!) mais plutôt de traverser de grandes zones sans assez de vent. On étudie les statistiques des 20 dernières années sur les vents dominants. On se documente. On connait la grande zone de convergence entre les vents du nord et les vents du sud au niveau de la ligne de l'équateur. On observe les vents faibles de cette zone depuis des semaines et elle demeure exceptionnellement grande pour ce temps de l'année...

On calcule une moyenne de 5 nœuds par heure, donc 120 MN par jour. En principe ça devrait nous prendre un peu plus de 30 jours pour s'y rendre. Malgré les ajouts de bidons de diesel mis sur le pont, nous avons une autonomie de moteur de seulement 6 jours et 6 nuits. On devra être stratégique, et patients, très patients! C'est notre crainte de ne pas pouvoir avancer. On devra trouver des moyens d'user de notre patience...

J'ai des livres électroniques en masse, de la bonne musique, des films et des séries, des jeux. Mais 30 jours sans aller a terre, sans trop bouger, ça va me rende dingue! Moi qui a toujours besoin de faire de l'exercice, il faudra que je sois créative pour me dépenser sur le bateau, en pleine mer! Pour la bouffe, on a des réserves pour des mois. J'ai des repas frais déjà préparés pour nos premiers jours. J'ai 24 repas mis en pots Masson, tout fait maison a Panama. J'ai des boites de conserve et denrées non périssables en quantité industrielle. J'ai des bons plats en sachets lyophilisés, comme pour les astronautes. On produit notre eau de façon illimitée. Bref on a de quoi tenir longtemps.

Nos batteries et nouveaux panneaux solaires fonctionnent a plein régime donc notre production d'énergie est parfaite. Le bateau est en ordre: tout est réparé, chaque vis a été ajustée, chaque poulie a été huilée, chaque cordage et voile a été inspecté. Nous serons en mesure de communiquer presque a chaque jour avec notre routeur, notre cher ami Philippe. Il nous donnera la météo selon la position ou nous serons, et nous guidera pour maximiser le potentiel du vent et des courants. Je communiquerai ma position et vous pourrez nous suivre presque en direct sur le blog, par le lien Shiptrack. On est bien préparé!

24 février

Ça y est, on part demain! Nos chers amis de Frimousse et nous avons conjointement décidé de partir ensemble. Il semble avoir une légère bouffée de vent qui part du golf du Panama et qui avance vers les Galapagos environ au même rythme que nous avancerons. On tentera de profiter le mieux possible de ces vent légers en utilisant notre Genneker (grande voile qui ressemble a un parachute et qui peut nous propulser si la brise venant par l'arrière est assez soutenue). On est quelque peu excisés car on a hâte de se retrouver en Polynésie française, mais le chemin pour y parcourir fait peur. Ça donne un peu le vertige de penser que nous ne pourrons compter que sur nous même pendant si longtemps... et qu'on mènera Ambition 1 aussi loin! Nous sommes prêts, mais conscient du défi qui s'annonce. Un défi physique et psychologique. Pendant la traversée, on aura un rv quotidien avec nos amis de Frimousse sur la radio amateur. On sera en mesure d'envoyer un rapport de position, que vous pourrez suivre sur le lien (Ou sommes nous). Et ma famille sera informée presque chaque jour de notre évolution.

J'ai pu faire un long appel-vidéo avec mes filles. Une a Montréal, l'autre a Vancouver. Elles ont de beaux projets, des vies heureuses et bien remplies, elles sont bien entourées, je ne peux pas m'en faire pour elles. Moi qui pensait que je serais triste de leur dire au revoir pour ce départ de plus de 30 jours. Elles ont le tour de rendre les discussions hilarantes et remplies de joie. Les gros fous rire qu'on a eu en découvrant les effets spéciaux sur Messenger! Ça n'a pas de prix... Je vous aime les filles! Vous êtes exceptionnelles! Nous voici faisant les clowns!





Aujourd'hui j'en profite pour aller a terre. Aller jogger pour me dépenser un peu. Aller au petit bar pour profiter du wifi. Je respire les fleurs et les arbres comme jamais car je sais que ça prendra longtemps avant d'en profiter. Je me conditionne au sevrage de la connectivité: pas de Facebook, pas de Presse+ a chaque matin, pas de longues discussions suer la tablette avec ma mère, mes amies...
Allez, a bientôt, ça passera vite! J'ai hâte de vous raconter notre expérience!









mercredi 23 janvier 2019

Panama: Le Canal et la suite



13 Décembre

Après avoir bien profité des Iles San Blas pendant 5 semaines, nous sommes revenus au continent afin de préparer nos prochaines grandes étapes : la traversée du fameux Canal de Panama, la demande de séjour prolongé en Polynésie française, les différents travaux sur le bateau, le ravitaillement, et la planification des prochaines longues navigations. Les vacances étaient terminées!

Notre point de base pour les prochaines semaines est Portobelo, un village Panaméen typique. Nous avons un beau mouillage tranquille avec un dinghy dock accessible et gratuit, quelques épiceries, et des autobus publics pour se déplacer vers la ville de Colon ou la capitale, Panama CIty. Le village en soit n’est pas très joli, mais il convient à nos besoins pour ce qu’on avait à faire. Contrairement aux Colombiens et aux Kunas, les Panaméens ne sont pas si accueillants ici, et on peine à entrer en contact avec eux. De plus, la notion d’entretien et de propreté n’est pas acquise ici… Les maisons manquent beaucoup d’amour,  et les gens n’ont pas appris à jeter leurs déchets dans les poubelles. En fait il n’y a pas de poubelles à la disposition des habitants, donc ça s’accumule un peu partout, et finalement un camion de vidange passe enfin.










De Portobelo on doit faire plus d’une heure de bus pour aller à Sabanitas pour une épicerie convenable avec fruits et légumes. On doit faire 2 heures pour aller à Colon, et près de 3 heures pour se rendre à Panama City. On prend d’anciens autobus scolaires, décorées avec des couleurs vives, absolument pas confortables, et bondées de monde qui nous obligent parfois à faire le trajet debout tout le long! Mais le plus désagréable est la musique à tue-tête! Les latinos aiment leur musique criarde et rythmée et les chauffeurs mettent le volume au fond la caisse, ça réveille! On se s’entend même plus penser!














Colon est une grande ville, à l’embouchure du Canal, du côté Atlantique. Une ville portuaire ou beaucoup, beaucoup de marchandises y transitent. La manutention de conteneurs et la logistique sont les principales activités. Des biens et beaucoup d’argent du monde entier transigent par cette ville mais la richesse n’est aucunement redistribuée aux gens qui vivent ici. C’est la ville la plus affreuse qui nous a été donné de voir de notre vie… Non seulement c’est très dense et très pauvre, mais c’est tellement sale! On n’a pas osé prendre de photos. Les maisons en ciment sont noircies de saletés et jonchés de débris, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur. On croyait que la plupart des maisons étaient abandonnées tellement on ne pouvait imaginer que des gens y vivent, mais c’est malheureusement le cas. Les rues ne sont pas entretenues (nos nids de poule sont bien modestes comparés a ici!), les trottoirs détruits, les façades des magasins qui font vraiment dures et qui n’invitent aucun client à y entrer, et un taux de criminalité le plus élevé du pays. On nous recommandait de prendre le taxi entre chaque commerce par méfiance des voleurs… Nous avons quand même marché un peu dans cette ville si triste, mais nous n’avons pas trop traîné dans ce coin qui n’est pas du tout accueillant.

17 Décembre

Plusieurs navigateurs engagent un agent professionnel pour les accompagner dans les démarches du passage du Canal. Il en coûte environ $300 US! Après quelques lectures et discussions avec d’autres, on ne voyait pas la valeur ajoutée de prendre un agent, et on a pu faire facilement toutes les étapes nous-mêmes. On devient très débrouillards, dans toutes sortes de défis! Une de ces étapes est l’obligation de faire prendre les mesures du bateau par les autorités portuaires. Un délégué vient sur le bateau et prend la mesure, de l’extrémité du davier installé sur la proue, à la portée extérieur de l’arche arrière, afin de déterminer le prix du transit. De plus, il nous explique gentiment toutes les instructions et les précautions concernant le passage du Canal, ainsi que l’importance de bien nourrir et abreuver le pilote qui se joindra à nous!

Nous avons donc amené le bateau à Colon (20 MN) pour faire prendre ces mesures et sommes retournés à Portobelo 2 jours plus tard. On voulait éviter les coûts de marina et surtout ne pas rester dans ce coin isolé ou le mouillage est autorisé, mais tellement désagréable. Nous sommes exposés aux vagues du large donc c’est très rouleur. Et la vue dans la baie donne sur d’immenses cargos qui attendent leur tour pour le passage du canal.

Bref après avoir :
1) ouvert notre dossier aux autorités portuaires
2) fait faire les mesures
3) payer les frais à la banque CityBank du port (environ $1,850 US – la caution de $850 nous sera remboursé quelques semaines après)
4) trouver un contact et réserver en location nos lignes (ça prend 4 amarres de 125pi chacune) ainsi que des pneus pour protéger la coque en plus de nos défenses

Dernière étape, on devait trouver 3 paires de bras (on les appelle les line handler). Ça prend 4 personnes (3 plus moi) pour tenir les amarres lorsque le bateau monte ou descend  dans les écluses. On peut engager des locaux a un tarif de $100 US chacun. Mais beaucoup plus intéressant, il y a souvent des jeunes backpackers ou même des locaux qui cherchent à vivre une nouvelle expérience et plutôt que de visiter le canal de l’extérieur, ils offrent leurs services bénévolement et font le transit sur un bateau. J’avais trouvé une page web pour des skippers qui cherchaient des line handlers et des bénévoles qui cherchaient des skippers. On a facilement trouvé. En fait on s’est fait approcher par un groupe de 4 jeunes de la fin vingtaine qui souhaitaient le faire ensemble. C’était 4 européens qui vivent déjà sur un grand voilier, un bateau école allemand. Ils accueillent des jeunes de 15 ans qui viennent faire l’école ainsi que la navigation et la vie en groupe. Nos jeunes volontaires sont des instructeurs de navigation et entretiennent le grand bateau à temps plein. Ils avaient 2 semaines de vacances et en ont profités pour vivre le canal. Il nous restait qu’à prendre notre rv pour avoir un pilote disponible et faire le transit. Nous avons 2 mois pour le faire. Comme nos amis de Frimousse attendaient de la visite du Québec dans 10 jours pour faire leur transit, nous avions donc tout notre temps.

25 Décembre

Nous avons célébré Noel avec nos chers amis qu’on aime tant, Sophie et André. La veille, on s’est fait un bon souper, tous les 4, on s’est mis de la musique, et on a dansé à bord d’Ambition une bonne partie de la soirée! Une soirée très agréable, comme toujours, en leur compagnie. Le 25, nous avions convenu avec les propriétaires d’un petit bar local (tenu par un couple allemand) que nous viendrons passer l’après-midi et faire de la musique avec d’autres navigateurs. Ils nous ont ouvert leur terrasse et j’avais fait le tour des quelques bateaux dans la baie pour les convier à se joindre à nous. André a apporté sa guitare, Sophie son ukulélé, et une famille d’américains avec des ados sont venus. Deux des jeunes avaient aussi leur ukulélé et on a passé un très bel après-midi. Nous avons chanté du québécois, des classiques américains, quelques chansons de Noel en français et ensuite en anglais, et tout le monde était content.






27 Décembre

Dans le but de passer plus d’un an en Polynésie française, il fallait absolument faire une demande de Visa pour un séjour prolongé, auprès de l’ambassade de France à Panama. Auquel cas, nous aurons pu y rester qu’un maximum de 3 mois. C’est tellement loin et tellement vaste comme territoire, ça valait la peine de le faire. Nous avions auparavant contacté à plusieurs reprises l’ambassade pour avoir toutes les informations en main.

Un tas de documents à imprimer et à remplir, des photocopies à faire, des preuves de revenus suffisants pour démontrer que nous n’avons pas l’intention de travailler (!), des preuves d’assurances santé pour prouver qu’ils n’ont pas besoin de nous prendre en charge en cas de maladie, une prise de rv pour une entrevue à faire. Plusieurs démarches plus tard, en simultané avec nos amis de Frimousse, nous avions enfin, tous les 4, notre rencontre de planifiée aujourd’hui. Malgré toutes l’attention que nous avions porté à cette paperasse, et bien il y avait une chose qui a été refusée : nos nouvelles photos passeport prisent a Colon n’étaient pas du bon format!  Il nous a fallu refaire des photos, mais bon c’est un détail.

Le dépôt de notre demande de Visa fait, on doit attendre 1 mois pour le recevoir avant de pouvoir quitter le Panama. La traversée du Canal était reportée en début janvier, j’avais donc quelques jours pour sauter dans un avion et aller voir mes filles a Montréal. J’ai pris un vol la journée même et je suis revenue le 1er janvier (vivement les modes stand-by pas trop chers des retraités d’Air Canada!)

Ma belle Marianne qui habite Vancouver était à Montréal pour les Fêtes, il me tardait d’aller à sa rencontre. On s’est vu avec grand bonheur les 4 jours de mon séjour. J’avais besoin d’une bonne discussion franche avec mon aînée Martine et cette rencontre fut très bénéfique autant pour elle que pour moi. Comme quoi il ne faut jamais garder un malaise et surtout, s’assurer d’une bonne communication avec ceux qu’on aime! Mon père était à l’hôpital pour des malaises de personnes vieillissantes… ma mère était inquiète car son conjoint était aussi à l’hôpital… bref ma courte visite m’a permis d’être présente auprès des personnes que j’aime dans un moment où elles en avaient besoin. Le déplacement en a valu la peine! Pas eu le temps de voir des amis, mes excuses…

5 Janvier

Dès mon retour, on a enclenché le processus pour la traversée et notre date nous a été octroyée rapidement. On est retourné à Colon. C’est à la marina de Shelter Bay que nous avons cueilli nos lignes et nos pneus, et que nous avons accueilli nos jeunes line handlers : Laurent (français qui parle aussi allemand et anglais), Jacob (autrichien qui parle aussi anglais et espagnol), David (allemand qui parle aussi anglais) et Sarah (allemande qui parle aussi français et anglais). Des jeunes très agréables, ouverts et curieux, serviables, ce fût une très belle rencontre. Nous avons été chanceux. Avec notre pilote qui parle espagnol et, heureusement, anglais, c’était assez international et multilingue à bord!






Nous avons pris notre pilote à 14h tel que prévu et nous nous sommes dirigés vers les écluses. On devait se faufiler entre les immenses cargos et suivre ses instructions. Nous allions traverser à l’épaule (attaché côte à côte) avec un catamaran français au centre, et un petit voilier suisse sur l’autre côté. Le catamaran contrôlait le moteur et nous faisait avancer tous les 3. Malgré que seulement 2 amarres doivent être déployées par chaque voilier aux extrémités, nous devions avoir tout notre monde à bord au cas où il aurait fallu se détacher les uns des autres pour une urgence.
Les 3 premières écluses sont construites une derrière l’autre, et nous font monter de 26m. Les chambres font 33m de large et 320m de long. On nous fait entrer juste derrière un gros cargo. C’est très impressionnant!  Les portes sont énormes (de 14 à 25m de haut). Lorsque la première s’est refermée derrière nous, nous avions un petit pincement au cœur. On disait au revoir pour très longtemps à l’océan Atlantique! Mais surtout, on réalisait que c’était vrai, on ne pouvait plus changer d’idée, le Pacifique nous attendait! On a eu un léger vertige…


















Lorsque l’eau commence à monter, c’est 100,000 mètres cube qui entre en très peu de temps. Les remous que ça fait nous font un peu frémir mais tout se passe très bien. J’ai 4 line handlers expérimentés, qui font un excellent travail et qui sont attentifs et à leur affaire. On n’a pas besoin de manœuvrer le bateau car il est dirigé par le catamaran. On a le pilote qui montre aux jeunes ce qu’ils doivent faire, qui parle aux autres pilotes et aux maîtres éclusiers, et qui sécurise tout le monde. Stéphane et moi sommes donc en observateurs, en touristes, super relaxes, et je peux prendre des photos à mon aise!



















Nous sommes sortis de la 3e écluse vers 18h et on s’est retrouvé dans le lac Gatun. Ce lac d’eau douce est artificiel du fait qu’il a été créé par un barrage. En sortant, on s’est amarré à une bouée géante avec un autre voilier pour y passer la nuit. Ils sont venus cueillir notre pilote avec le bateau-pilote et un autre venait nous rejoindre le lendemain. Nous avons passé une belle soirée avec les jeunes, à discuter de voyages, de bateaux et de leurs projets.

On nous avait dit d’être à 7h. On s’est donc levé à 6h, sur un lac très calme. A l’orée du jour, on entendait les singes hurleurs partout autour de nous. Dans les montagnes, il y a beaucoup de ces singes en liberté et ils portent bien leur nom. Ils hurlent bruyamment, je n’aimerais pas les rencontrer dans le noir…

Nous sommes finalement partis à 9h! Nous avions plus de 25 MN au moteur à faire (5 heures) pour traverser le grand lac et se retrouver aux 3 dernières écluses. La balade était agréable, malgré les grands navires intimidants qui nous croisent. Encore une fois, les manœuvres aux écluses ont été faites parfaitement par les jeunes et nos collègues des autres bateaux. Il n’y avait pas lieu d’être stressé, au grand soulagement de mon capitaine.



















La vue du Pacifique nous a fait un certain effet! Une étape importante dans notre voyage. Une nouvelle aventure remplie de promesses qui s’amorcent! On a hâte!


J'étais en communication avec ma mère a Montréal lorsque nous étions dans l'écluse de Miraflores. Elle nous voyait en direct sur les webcams des autorités. Je partage avec vous les photos qu'elle a pu prendre. Vive les technologies!











Après avoir déposé notre pilote, nos jeunes et nos amarres loués, nous avons jeté l’ancre à Las Brisas. Une grande baie située à l’Ile Perico, à environ 5-6 km du centre-ville de Panama City. Le contraste est saisissant de voir toutes ces hautes tours au loin. C’est une grande ville riche et moderne. Une journée, nous avons loué des vélos et avons fait la très belle piste cyclable qui longe la mer et qui nous amène jusqu’au centre-ville. La vieille partie, plus historique, vaut la peine de s’y promener. On voit ici aussi l’influence espagnole dans l’architecture.




























La différence du climat nous a surpris. Sur la côte Atlantique, il faisait chaud et humide, de la pluie à tous les jours, et l’eau de la mer était à presque 30 degré. On fait 70km pour se retrouver sur le côté Pacifique et il fait beau et sec, assez frais le soir (enfin on dort bien!), et l’eau n’est qu’a 24 degré. Il y a beaucoup de vent chaque jour alors l’éolienne est contente. Par contre, le mouillage est agité, et on se fait brasser pas mal certaines heures de la journée. Les déplacements en dinghy sont rock and roll, avec parfois des vagues de 2-3 pieds…



23 Janvier

Ça fait plus de 2 semaines que nous sommes ancrés à l’Ile Perico, dans le quartier Amador, et nous sommes toujours très occupés. La recherche de pièces et d’articles que nous avons besoin nous demande de traverser la ville à plusieurs reprises. On se déplace en autobus, en métro et en taxi et on perd beaucoup de temps. Il y a énormément de trafic dans la ville, et les magasins ont rarement ce qu’on cherche…alors on doit en visiter plusieurs avant de trouver. Stéphane avait sa liste de pièces et on a finalement passé au travers. Ca nous prend des articles pour réparer des choses brisés, et on doit prévoir des pièces de rechange, des bidons d’huile, des filtres à huile, des bougies d’allumage, des filtres pour le déssalinateur, et autres bidules qu’il faut pour faire fonctionner un bateau pour les prochains 2 ans. Si on reste dans les Iles du Pacifique pour 2 ans, on n’aura pas accès à grand-chose alors autant en faire provisions ici.  

Stéphane a changé l’antenne et les fils de la radio VHF, qui étaient usés et corrodés. Il a réparé toutes sortes de petites choses qui auraient pu s’aggraver avec le temps. Le plus gros projet est l’installation de nouvelles batteries et de panneaux solaires.

La gestion de l’énergie à bord est toujours une grande préoccupation. Il faut consommer moins que ce qu’on produit, et maintenir la charge des batteries plus longtemps lorsqu’on ne produit pas. Nous avions un souci car nos batteries ne gardaient plus la charge aussi bien qu’avant. Mon capitaine ne voulait pas aller jouer dans l’électricité, sa vraie bête noire. Il a avait beau douter, nier, justifier, il a du se résigner… Après des tests, on a validé qu’elles n’étaient pas complètement finies (nous les avons acheté juste avant de partir!) mais que d’ici la fin de l’année, il faudrait les changer. Comme ça coutera 2 à 3 fois plus cher en Polynésie, on a décidé de le faire ici. On est passé de 4 batteries 6v à 6 batteries 12v. Avec cette nouvelle configuration, il fallait modifier l’espace dans laquelle les batteries sont installées. On a passé presque 3 jours à solidifier le fond du coffre, et construire une boite en bois avec couvercle accessible, pour un meilleur aménagement de l’espace. Je dis ici ‘on’ car ma job est d’assister le pro! Je lui apporte les outils, vis et machins à la demande, et surtout, je suis d’un grand soutien moral ;-) Je l’encourage car il déteste jouer la dedans! Mais il est bien content lorsque c’est fait.


Nous attendons nos panneaux solaires et un nouveau régulateur d’ici la semaine prochaine. Après avoir visité plusieurs magasins et n’être pas satisfaits de la qualité ni de la performance de ce qui est offert ici, on a décidé de les commander au Québec. Ils transigeront par la Floride et seront acheminés ici par un courtier. On passera de 255 watts à 540 watts. On sera en business! Les batteries seront mieux chargées et plus rapidement. On aura une bien meilleure autonomie, surtout lorsque nous sommes en navigation. L’autopilote consomme beaucoup d’énergie. On devrait maintenant garder notre diesel pour faire avancer le bateau lorsque les voiles ne suffisent pas, et non s’en servir pour charger les batteries. Bref après avoir dépensé $4,000 (!), on ose croire que la gestion de l’énergie sera moins un souci…

Entre-temps, on fait aussi de grandes provisions de denrées non-périssables. On achète en masse et on remplit tous les coffres, les sous-planchers, et chaque recoin possible.  C’est un vrai casse-tête d’exploiter tout l’espace disponible mais on se dit que ça vaut la peine. Nous avons de longues traversées en mer devant nous. De plus, le coût de la vie est tellement cher en Polynésie que vaut mieux acheter le plus possible à coûts raisonnables ici. Cette photo représente a peine le quart de ce qu'on a acheté...


Nous avons eu la confirmation que notre Visa de l’ambassade de France nous sera délivré d’ici la semaine prochaine. Nos amis de Frimousse sont avec nous. Comme nous, ils attendent leurs derniers équipements commandés. Nous serons bientôt prêts à faire nos formalités de sorties du pays et aller profiter des Iles Perlas (juste au sud de Panama) avant d’entreprendre LA grande traversée en mars.
Nous avons conjointement décidé avec nos amis que nous n’allions pas aux Iles Galapagos. Trop compliqué et trop dispendieux. Dommage, peut -être dans une autre vie. On ne peut pas tout faire! On ne sait pas encore si on se dirigera aux Marquises en premier ou qu'on passera par les Iles Gambier avant. Nous avons tout notre temps. Nous discutons des pour et des contres.

Je pense a mon fils très souvent. Lorsqu'il vient dans mes pensées, c'est avec de beaux souvenirs, des anecdotes, des histoires que nous avons vécues, des images de lui tout petit, et plus grand... Lorsque la réalité de son départ me prend (surprend?) , ça va droit au cœur, et j'essaie d'écarter l'idée, c'est trop difficile... Je vis le moment présent, en me disant qu'il n'est pas trop loin...