lundi 20 février 2017

Exumas (suite)


12 Février

Nous avons passé 3 jours à Warderick car le temps ne se prêtait pas à la navigation. Nous étions venus en décembre 2014 avec le voilier loué et nous nous étions promis d’y revenir. Il y a quelques sentiers sur l’ile pour explorer ce parc national, et en haut de la colline qui se nomme Bou-Bou Hill, les navigateurs laissent une trace de leur passage. Nous sommes invités à laisser un morceau de bois avec le nom de notre bateau. J’avais prévu le coup et j’avais acheté quelques couleurs et des pinceaux ainsi qu’un restant de planche. Je me suis amusée à bricoler notre bout de bois et nous avons, à notre tour, comme bien des navigateurs depuis plusieurs années, laissé notre trace. Je ne sais pas ce qui adviendra de mon « œuvre d’art » mais c’était significatif pour nous.




Nous avons passé par Bell Island et avons pris un morring à Cambridge Cay (trop étroit pour ancrer). Malgré que mon capitaine n’ait pas aimé notre passage dans le cut (il y avait beaucoup de courants à la rencontre de la mer profonde et du banc peu profond), l’endroit était magique. L’endroit est calme et bien protégé, entouré de petites iles désertes avec leurs plages et une végétation luxuriante.  Nous avons marché sur une plage, découvert les grottes de Rocca Dundas, plongé parmi d’énormes poissons (au grand désespoir de mon homme car nous ne pouvions pas pêcher étant dans le parc protégé!). Ce fût une très belle découverte.

Le lendemain, nous avions rv avec nos amis Jean-Denis et Louise de Néméa, plus au sud, à Black Point. C’était très agréable de les revoir, puisqu’on s’était laissé le 18 décembre à Spanish Wells, avant mon séjour à Montréal.  J’avais des petits problèmes avec ma tablette ainsi que mes transmissions par HF. Jean-Denis nous a tout arrangé ça! C’est un expert et il est très généreux de son temps. Merci encore cher JD!

Nous sommes revenus sur nos pas à Staniel Cay et y avons passé 4 jours. Plusieurs québécois étaient présents et nous avons fait un peu de social, dont avec Out and About et Xalia. J’ai découvert la fameuse grotte Thunderball qui est impressionnante. Stéphane a fait ses plus grosses pèches de langoustes, nous avons pu faire un bon approvisionnement de fruits et légumes, bref ce fût un arrêt agréable et productif.




20 Février


Nous avons poursuivi vers le sud et sommes revenus à Black Point. Nous avons retrouvé nos amis Lucie et Sylvain de Voil’Actée et avons partagé un bon souper. Nous avions beaucoup de choses à se raconter car ils ont aussi vécu de mauvaises aventures avec leur voilier. On apprend toujours des autres navigateurs. C’est agréable et souvent enrichissant de discuter avec d’autres qui ont aussi plus d’expérience que nous ou des histoires différentes à raconter. Ce soir, ce sera un autre Happy Hour avec eux et Xalia. On travaille dur sur le bateau, mais on se la coule douce aussi! Pêche, soleil, rencontres, on en profites. Pendant ce temps, je pense à mes filles qui ont de la difficulté avec la perte de leur frère... J'aimerais tellement être prêt d'elles pour les consoler...Je vis dans les émotions extrêmes de grands bonheurs et grandes tristesses... Mes filles, je vous sais fortes! Et vive l'internet pour continuer à se parler et à se voir en direct! Je vous aime tant xxx    


lundi 13 février 2017

Retour en navigation 3 Février

(Photos à venir...)

3 Février

Après quelques jours de préparations du bateau, d’approvisionnement de toutes sortes, de paperasse réglée avec l’Immigration Bahamienne pour l’extension notre séjour, du règlement de la facture du chantier maritime (+ de $10k US!!!) et nos assurances (qui en payent que les 2/3!) , nous avons pu finalement quitter le quai le 3 février. Notre interruption de l’aventure aura duré 3 mois, jour pour jour.

Nous étions tous les deux nerveux de reprendre la mer. Nous avions perdu nos repères, nos réflexes de navigateurs et notre routine sur le bateau. Nous appréhendions la tenue du nouveau safran. Nous avions aussi une hantise de repasser dans le fameux canal étroit, où nous avions échoué, brisé notre safran, appris la terrible mauvaise nouvelle, vu d’autres voiliers s’échoués ensuite au même endroit… Depuis notre arrivée dans cette île, chaque jour je passais devant ce canal maudit, et chaque fois, je le regardais et j’appréhendais le moment où nous aurions à passer par là à nouveau.
Alors c’est avec une certaine crainte que nous avons largué les amarres et avons repris notre chemin vers la mer. En approchant du canal, j’étais terrorisée. Les émotions m’ont envahi soudainement et je me suis mise à pleurer, pleurer, pleurer… En quittant Spanish Wells, j’avais le sentiment de laisser derrière mois une partie de mon fils. C’est comme si j’avais gardé mon souffle pendant ces trois derniers mois, que j’avais mis ma douleur sur « pause ». Je me permettais de prendre du bon temps et de vivre ma peine que par très petites bouchées, mais cette journée-là, assis sur le pont, incapable d’assister mon capitaine pour la navigation, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Je crois que je laissais mon fils partir…

Nous avons mis les voiles et heureusement, le safran fonctionnait très bien. Nous avons ancré tout près, à Royal Island. Pour une première journée en mer, nous n’étions pas trop ambitieux. C’était l’endroit exact où nous avions jeté l’ancre 3 mois auparavant, après notre longue traversée depuis la Caroline du Nord.

Dès le lendemain, nous avons fait deux longues journées de voile jusqu’à Rose Island près de Nassau, et ensuite jusqu’à Highborne, aux Exumas. Les réflexes revenaient graduellement. Par contre, les inquiétudes concernant l’état du bateau aussi. Une grande voile qui sort mal du mat enrôleur, sans doute par l’accumulation du sel pendant la traversée. Le moteur qui se met à vibrer sous nos pieds, pour se rendre contre que c’était juste des herbes marines qui étaient prises dans l’hélice. La manette du guindeau qui a lâchée par la corrosion, heureusement que nous en avions une autre de rechange.  La rouille qui apparait sur le strainless, le sel qui s’accumule partout. Et c’est sans compter la saleté accumulée pendant ces 3 mois, autant à l’intérieur que partout à l’extérieur. Tout ce temps au quai, au milieu d’un chantier maritime, où on sable les coques des bateaux toute la journée, sur les quais voisins… Imaginez mon capitaine avoir tant de peine de voir son bateau en si mauvaise condition! Nous le mettrons à « sa » main, un petit bout chaque jour. Lui dehors, et moi en charge de l’intérieur.
A notre arrivée à l’ancrage à Highborne, nous avons été accueillis chaleureusement par la petite famille de Xalia. Nous les avions rencontrés à Spanish Wells et avions partagé de beaux moments et quelques soupers ensemble.  Patricia et Patrick, avec leurs enfants Xavier 13 ans et Mélia 9 ans. Comme nous, ils ont tout vendu et vivent sur leur bateau, sans date de retour. Je les trouve très courageux de faire l’école « à la maison », en plus de gérer un chat et un petit chiot sur leur magnifique catamaran. Les hommes ont apprécié chasser le poisson au spear ensemble, et de taquiner leurs femmes sur leurs attentes concernant l’entretien et le ménage de « LEUR » bateau!
L’arrivée à Highborne signifiait beaucoup pour Stéphane. Nous étions enfin rendus aux Exumas, avec son propre voilier. Mon capitaine était venu à quelques reprises auparavant. J’y suis venu en décembre 2014 avec lui sur un voilier loué. Mais de naviguer jusqu’ici avec son voilier, il en rêvait depuis 30 ans! Nous avons souligné l’événement!



Nous avons poursuivi notre route vers le Sud. Un saut à Normand Cay, un autre à Shroud Cay. La petite rivière à Shroud qu’on fait en dinghy et qui nous amène de l’autre côté de l’île au Nord vaut la peine. C’est magnifique! La mer turquoise, de toutes les teintes de turquoise et de bleu, si transparente, partout au Bahamas, est hallucinante. On se croirait dans une piscine, mais qui s’allonge à l’infini. Nous avons plongé en apnée à quelques reprises sur des têtes de corail. Lorsque Stéphane apporte son harpon pour chasser (sauf dans la zone du parc national qui est protégée, évidement!), je l’accompagne, juste pour le plaisir d’observer les poissons. Il n’a pas eu beaucoup de succès jusqu’à date, mais quand même : 2 langoustes et 3 poissons! J’ai aussi fait mes longueurs autour du bateau et la nage me fait le plus grand bien. Heureusement tous les deux on aime l’eau. Et tous les deux nous sommes du genre plus actif et on aime bouger.  Il est très agréable d’être sur le même rythme et de partager nos activités ensemble.



11 Février

Nous sommes ancrés à Warderick Wells depuis 2 jours. Il annonçait un front et des vents de 20-25kts. Nous sommes bien protégés du vent E et NE. On en profite pour faire plein de petits projets qui doivent être faits sur le bateau. Stéphane fait son entretien préventif sur les appareils et le moteur, et frotte encore et toujours. C’est un éternel recommencement… Il prépare les routes de navigation, et les prochaines destinations. Il se charge aussi de la consommation d’énergie (électricité, diesel, gaz) dont on doit continuellement surveiller, et la production d’eau. Notre déssalinateur fonctionne à merveille! Hourra! Je peux consommer de l’eau sans problème, et prendre ma douche 2x par jour si je veux! On ne l’avait pas utilisé dans les eaux de la Cheasapeake, et il n’était pas question de faire des tests et de se donner un stress supplémentaire pendant la traversée. C’est pourquoi nous avions hâte de tester ce nouvel ajout au bateau. Ça produit 7-8 gal/heure et en plus, cette eau est excellente à boire. Merci mon homme pour toutes ces heures passées à l’installation! 

Pour ma part, j’ai pris la responsabilité de la gestion des provisions, de la cuisine, du lavage (à la main!), du nettoyage à l’intérieur, des communications HF. Je tiens le journal de bord à jour et je planifie les routes en plan B sur ma tablette. Aux EU, je tenais un registre strict sur un fichier excel. de nos réserves (ajouts et retraits) et l’endroit exact où c’était disposé dans nos coffres. Déjà, j’ai un peu perdu le contrôle car ça demande une discipline énorme. Comme je n’ai pas un énorme garde-manger, avec vue sur tout l’inventaire (!), je dois vider, déplacer et organiser les coffres continuellement. Chercher un pot de mayo est parfois ardu, lorsqu’il se trouve sous mon lit! Mais je fais des miracles dans la gestion des produits frais. On mange varié, tout fait à la main, avec produits santé, et on ne gaspille rien. Après plus d’une semaine en mer, j’ai encore des fruits et légumes frais, des congelés, ainsi que de la viande et poissons congelés. Nous sommes gâtés d’avoir un grand frigo et un congélateur séparé. J’ai fait mes premiers pains maisons, yes! Je suis bien fière de moi! Je teste différents formats, et farine blanchie vs blé entier. Ces derniers sont bien réussis et ça nous donnera une autonomie plus longue.

La vie à bord s’organise tranquillement, et j’aime cette nouvelle vie. On n’a jamais de temps morts, il y a toujours quelque chose à faire. On tente d’équilibrer le temps dédié aux tâches et le temps dédié au plaisir. Je parle maintenant comme tous les retraités que j’ai rencontrés avant : mais comment on faisait avant pour travailler, s’occuper des enfants, d’une maison, des courses ??? 


Ce matin, mon fils me manque beaucoup. Je pense à lui très souvent, jour et nuit. Mais ce matin, particulièrement, je souhaiterais tellement lui parler, le prendre dans mes bras, lui dire à quel point je l’aime. Je m’ennuie de ses niaiseries, de ses grimaces, de ses taquineries. De son arrogance tellement il était sûr de lui, de ses arguments et son air obstiné lorsqu’il pensait avoir toujours raison… Je m’ennuie d‘entendre sa voix. Est-ce que je vais me rappeler de sa voix? J’ai peur que ça s’efface avec le temps… J’aurais tellement aimé qu’il voit les Bahamas avec nous, tel que planifié en début janvier. Il manque quelque chose et j’en suis triste pour lui. Nous aurions vraiment passé de beaux moments ensemble sur le voilier qu’il aimait bien.  Je pense au grand chagrin que son départ a fait à son père, ses sœurs, sa belle Maude, ses cousins-cousines, ses amis qui l’aimaient tant. Il laisse un grand, grand vide. C’était tout un homme mon petit! Il avait de l’envergure et toute une personnalité! Je l’aimais tellement, je l’aimerai toujours… 

lundi 30 janvier 2017

Vers un nouveau départ...



Nous nous apprêtons à reprendre la mer, à poursuivre notre route, à retourner vers de nouvelles aventures! Notre safran a été livré et a reçu ses couches protectrices. Il sera installé sur notre voilier demain. Donc, en principe, on peut partir du quai dès demain! Je dis bien en principe, car il ne faut jamais rien prendre pour acquis sur un voiler. Mais suis-je vraiment prête à reprendre la navigation...

Permettez moi de partager cette citation relue récemment et qui me touche particulièrement: "Nous ne pouvons pas diriger le vent, mais nous pouvons ajuster les voiles...". On applique ce principe chaque jour en navigation. C'est d'une évidence. Maintenant, je tente d'appliquer ce principe dans ma vie quotidienne. Il faut dire que je partais de loin! Moi qui voulait toujours tout contrôler! Je me rends compte aujourd'hui que je confondais "contrôler ma vie" et contrôler LA vie"... Elle est plus forte que nous, et on ne peut la diriger...

J'ai été privilégiée par la vie en général. Je l'ai eu facile et j'ai toujours été très bien entourée. Depuis une quinzaine d'années, j'ai vécu quelques épreuves difficiles. Maintenant le pire, la perte de mon enfant... J'apprends, à la dure, à développer une certaine humilité face à ce que la vie me force à vivre. Je dois maintenant ajuster mes voiles, ajuster ma vie! Je vais apprendre à vivre sans lui.

J'aimerais faire un retour sur notre séjour dans cette île extraordinaire qui est Spanish Wells. Nous sommes tombé sur l'île la mieux adaptée pour nos besoins, sans les inconvénients d'un endroit touristique. Une île peuplée suffisamment pour y retrouver une parfaite infrastructure: excellent chantier maritime, bons approvisionnements de nourriture, vins, pièces de bateaux, équipements de pêche, excellente connexion wifi, eau et électricité courante (ce qui n'est pas acquis partout aux Bahamas). De plus, les bahamiens ici (blancs d'origine britannique) sont supers gentils, accueillants, et chaleureux. Nous avons eu le temps de faire connaissance avec plusieurs locaux et avons eu le privilège d'apprendre sur leur histoire et leur vie quotidienne. Nous avions une grande plage très tranquille, et peu profonde, pour que Stéphane puisse faire son kite surfing à chaque fois que nous avions un bon vent. Lorsque c'était plus calme, nous allions plonger sur une barrière de corail exceptionnelle, nager avec des centaines de poissons de toutes les couleurs, avec quelques tortue et parfois, des requins. Stéphane a longtemps pratiqué la chasse aux poissons et aux langoustes avec son harpon, tout juste dans notre cour arrière. Il a réussi à quelques prises mais il doit continuer à se perfectionner...

J'ai pris le temps de me refaire une santé. Jogging, longues marches sur la plage, et nage presque quotidienne. Le sport est toujours très thérapeutique pour moi. J'ai fait un peu de yoga, des étirements, de la contemplation de nombreux couchers de soleil. J'ai préparé de succulents repas et partagé de doux moments avec mon amoureux. Nous avons reçu de la belle visite à notre maison bahamiennes: ma fille, ensuite nos amis de Néméa qui ont fait un détour pour venir nous voir, la sœur de Stéphane avec son fils qui ont passé une semaine, de nouveaux amis du voilier Solidem, du catamaran Xalia, et du voilier Exode. Nous avons été bien reçu chez Théo et Kim, les amis des propriétaires qui nous offrent la maison.

Bref, j'ai eu l'occasion de bien vivre, au rythme de la vie ici et de me reposer. J'ai eu la chance de me changer les idées et de ne pas trop broyer du noir, malgré le grand vide qui m'accable. Je pense à mon fils tout le temps, jour et nuit, et la peine est toujours très intense. Mais toute cette belle vie m'aide à passer au travers.


Maintenant que le bateau sera réparé, nous devons partir. Je me sens ambivalente face à ce départ. Mon capitaine a hâte de reprendre la mer. J'ai une certaine appréhension de quitter ce confort et la sécurité d'être sur terre. La vie est facile ici et c'est exigeant la navigation. Seulement de penser aux hauts fonds des Bahamas me fait craindre d'échouer à nouveau. Préparer les navigations et les routes, étudier la météo chaque jour, entretenir le bateau, gérer l'approvisionnement qui est souvent difficile, avoir à nouveau le mal de mer... Est-ce que je veux toujours vivre ça? Autant j'aimais notre vie à bord, autant j'ai un peu le vertige aujourd'hui. Notre goût de l'aventure et de liberté est tout de même très fort et je suis persuadée que l'allégresse de naviguer reviendra vite.

Nous avons plusieurs choses à régler avant de partir mais on prévoit quitter le port jeudi ou vendredi. Le bateau aura été au quai du 3 novembre au 1er février: presque 3 mois! Nous sommes enrichis de nouvelles expériences, de belles rencontres enrichissantes, d'un nouveau bagage de compétences. Nous sommes mieux outillés pour prendre les défis qui s'annoncent. Je commence à entrevoir positivement notre (second) départ. J'ai soudainement hâte de me retrouver sur Ambition. J'ai hâte d'entendre le vent dans nos voiles. Ça va bien aller!

dimanche 11 décembre 2016

Repos à Spanish Wells

Nous sommes restés un peu plus de 3 semaines à Montréal. Le temps d'encaisser le choc et de, tranquillement, commencer à réaliser que la perte de mon fils était bien réelle. Nous n'avons plus de maison, ni de voiture. Nous avons habité chez frère qui demeure juste en face de chez ma mère. Chaque matin, nous traversions chez elle et elle nous préparait le déjeuner. De s'occuper de moi était pour elle sa façon de consoler sa peine de grand-maman. Et moi de me faire dorloter par ma mère, était d'un réconfort inestimable. Elle nous a aussi prêté sa voiture pour tout le temps de notre séjour. Merci pour tout chère Maman xxx

Nous avons été reçu chaque soir pendant 3 semaines! Des soupers de famille remplis d'amour, de paix et de câlins. Des soupers avec des amis, rempli de réconfort, d'écoute et d'encouragements. J'ai beaucoup de gratitude envers mes proches pour ces bons moments, ces bons mots, ces gestes réconfortants. Malgré toute cette générosité, je dois maintenant apprendre à vivre sans lui, pour le reste de ma vie. Je comprends que j'ai un long chemin difficile à faire, et que je suis seule à le traverser. Ma douleur est si grande que je la compare à un éléphant. Et qu'un éléphant se mange une bouchée à la fois. Je choisi de vivre ma peine par petites bouchées, une à la fois, car de voir l'éléphant, c'est trop gros pour moi...

Pendant le temps que nous étions à Montréal, rien n'a été fait pour notre safran. Les discussions entre Stéphane, le propriétaire du chantier maritime à Spanish Wells, la compagnie d'assurance et l'évaluateur de sinistre tournaient en rond, Mon capitaine aussi tournait en rond... Il nous fallait revenir au bateau. D'abord pour faire progresser les choses, ensuite pour occuper mon homme, et finalement pour retrouver notre chez nous! Notre bateau est maintenant notre maison et c'est chez nous que nous voulions être. Nous avions besoin de retrouver notre intimité, et notre tranquillité. Nous avons repris l'avion et sommes arrivés, ensemble, le 27 novembre. Nous avons dû faire le même parcours que 3 semaines auparavant et je revivais les mêmes émotions que j'avais vécu pendant ce chemin inverse, suite à la nouvelle. Ce fût très difficile.

Nous revenions à l'endroit où on voulait être, mais avec des sentiments partagés. Mon deuil commençait et j'associais le bateau à une mauvaise nouvelle. De plus, je regardais du haut des airs les hauts fonds et bancs de sable dans la magnifique mer turquoise des Bahamas et je voyais seulement les risques de s'échouer... Je réalisais que nous avions vécu un choc et qu'il fallait le digérer... Malgré tout, ça faisait du bien de retrouver notre Ambition, et certains points de repères.

Pour le safran, nous devions évaluer 3 options différentes. D'abord, que Beneteau nous envoie un safran neuf déjà usiné, mais que nous devions faire ajuster pour notre modèle de bateau. C'était compliqué et risqué, par conséquent, cette option fût écartée la première. Ensuite, de faire réparer le safran actuel par un gars qui se nomme Chris, un américain qui a une maison sur l’île et qui construit des bateaux. Il aurait été en mesure de réparer mais sans garantie. Notre plan de navigation pour les prochaines années étant trop exigeant, nous avons opté pour une solution durable et plus sûre. Avec l'accord de l'évaluateur en sinistre, nous avons donc décidé d'envoyer le modèle original à Fossfoam en Floride, et de faire fabriquer un safran neuf, sur mesure. Les procédures administratives et de douanes dans un cas comme le nôtre sont longues et fastidieuses. Notre safran est donc parti près d'une semaine après notre arrivée, a pris plus d'une semaine à se rendre chez Fossfoam, ça prend en moyenne 2 semaines à fabriquer, et on doit compter une autre semaine pour revenir. En ajoutant la période des Fêtes dans tout ça, on prévoit avoir notre bateau près à naviguer seulement en janvier, et encore!

Notre voilier est présentement au quai. Ils n'ont pas l'équipement nécessaire pour le sortir de l'eau. Une inspection sous marine a été effectuée et ne montre aucun autre dommage sous la coque, heureusement. Nous sommes donc dans un chantier maritime, avec des travaux bruyants qui se font autour de nous, avec le trafic du port, la rue qui est juste devant nous, sans eau courante. Bref ce n'est pas l'endroit idéal pour rester. Chris, l'américain, dès qu'il a appris que nous devions attendre plus d'un mois dans ces conditions, nous a spontanément offert sa maison! Pour une somme dérisoire, nous pouvions bénéficier de sa belle maison, rustique mais très confortable, car lui quittait l'île pour quelques mois dans les jours qui suivaient. Sa maison est située sur l'île voisine, Russell Island reliée par un petit pont, avec une vue imprenable sur la mer, avec un studio séparé pour accueillir des invités, et voisins absents. Un havre de paix idéal pour vivre mon deuil, se refaire des forces, et bénéficier de repos. Nous avons loué une voiturette de golf pour se déplacer et tout est parfait!

La vie me surprendra toujours. Des pertes inattendues à des moments de grâce, de l'amour immense pour mes enfants à des inquiétudes pour eux, des joies intenses entre amis à des gestes de générosité par les gens qui m'entourent... Je cite une de mes phrases préférées du film Forest Gump: "la vie est comme une boîte de chocolat, on ne sait jamais sur quoi on va tomber!"  

Ma fille aînée venait nous rejoindre 2 jours après notre arrivée. Martine vivait difficilement la perte de son frère et nous avions besoin de ce temps ensemble. J'ai pensé qu'il était moins difficile de panser ses blessures dans un endroit paradisiaque, que dans la grisaille de Décembre à Montréal... Nous avons pris soin l'une de l'autre. Nous avons pleuré notre beau Julien, mais nous avons aussi passé de très beaux moments. Stéphane a été d'une grande générosité avec elle et s'est bien occupé à lui changer les idées. La maison que nous habitons était parfaite pour cette rencontre. Il a fait beau et chaud, nous en avons bien profité. Voici une vidéo que j'ai fait pour elle, qui représente un sommaire de ses "vacances-convalescence" avec nous. Avec son accord, je me permets de la partager avec vous. La vie continue et on se doit de la célébrer...

Martine aux Bahamas


  

mardi 15 novembre 2016

Traversée Beaufort-Éleuthera

Interruption temporaire du blogue…

Pour ceux qui ne sont pas au courant, j’aimerais vous informer qu’un événement tragique est arrivé dans ma vie, c’est la raison pour laquelle je n’ai pas donné de nouvelles depuis le 29 Octobre. En arrivant aux Bahamas, après notre traversée de 4 jours et 4 nuits en mer, j’ai appris la mort soudaine de mon fils adoré, Julien, 22 ans… Un retour urgent à Montréal s’est effectué sur le champs. Depuis, le temps m’a manqué et surtout, cette grande perte inexplicable, ont fait que j’ai mis de côté l’écriture du blogue. Vous comprendrez cet interruption temporaire…

Je tiens à poursuivre la rédaction de mes récits puisque plusieurs personnes m’encouragent à le faire. Je n’aurai certainement pas la même insouciance, ni le même regard sur ce voyage. En même temps, je compte vivre mon deuil doucement, par petites bouchées, et discrètement. Je ne souhaite pas vous imposer ma peine et mes états d’âme donc je parlerai de mon fils que de façon parcimonieuse et comme ça viendra.

Pendant la traversée, j’avais entamé le récit de cette expérience. Je vous présente, a post priori, notre vécu durant ces 4 jours :

30 Octobre








Matin du départ à Beaufort






Nous sommes arrivés à Beaufort hier midi et avons juste eu le temps de faire les dernières provisions en sol américain. J’avais beaucoup aimé cette petite ville lorsque j’étais venu avec le voilier de Navtour en juin dernier. J’étais ravie de retrouver mes repères et de partager cette découverte avec mon homme. Toutefois, nous n’avons pas eu le temps d’en profiter puisque notre fenêtre météo pour prendre la mer est déjà aujourd’hui. Nous pensions avoir plusieurs jours devant nous, lorsque Benoit, notre routeur, nous annonce que non seulement la fenêtre est excellente, mais que c’est plus optimal si on part ce matin pour arriver à Spanish Weil, Éleuthéra, en matinée. Ça nous donne une marge de manœuvre si jamais la route est plus lente que le 6kts/h planifié. Nous sommes enthousiastes de partir ce matin, mais je dois avouer, nous n’étions pas prêts à 100%. Nous aurions souhaité relire nos notes de cours, préparer nos routes nous-même, faire notre plan de navigation pour ensuite le valider avec Benoit. Nous avons manqué de temps et de discipline pour le faire avant. C’est donc avec résignation qu’on suit les instructions de notre routeur, avec les deux seuls way points à mettre au GPS et l’heure de départ.

J’ai eu le temps de préparer quelques repas afin de ne pas cuisiner pendant la navigation. Stéphane a fait son inspection partout sur le bateau, y compris le moteur, pour s’assurer que tout était parfaitement fonctionnel, et surtout pour s’assurer qu’on n’a pas de fuite d’eau, avant de prendre la mer.  Nous étions étonnement calmes face à ce qui s’en venait.

Nous avons levé l’ancre à 10h30. La sortie de l’Innlet à Beaufort n’était pas évidente. Nous étions un beau dimanche avec une température estivale. Il y avait beaucoup de petits bateaux de plaisance en train de pêcher. Le courant, les barges et les navires de marine marchande en plus, rendait la sortie corsée. Aussitôt sortis, la mer était vraiment agitée. Des vagues courtes, qui se croisent, rendait la navigation difficile et surtout, me donnait déjà mal au cœur… oh boy, pas déjà !

Nous nous attendions à un vent régulier et confortable de l’ouest, avec une mer calme. Au lieu de ça, nous avons eu un vent du Sud-Ouest, donc une navigation au près, avec des vagues de 5-6 pieds, qui arrivaient de travers. Des vagues courtes, que s’entrechoquaient et qui nous faisaient brasser. J’ai vomi 2 fois dans la journée ! Les médicaments que j’ai fait venir d’Europe, les Stugeron, n’ont de toute évidence, pas fait effet à temps. Je devrai les prendre d’avance et de façon plus stricte la prochaine fois. Stéphane a eu un mal de tête qui a été aussi difficile pour lui. La première journée de notre première vraie traversée n’a pas été la journée qu’on rêvait depuis 2 ans disons !

PS : la traversée NY-Cape May ne doit pas compter finalement puisque nous étions qu’à 5 milles des côtes, sans trop de vagues, ni de vent...

Les vagues rendent chaque déplacement dans le bateau assez difficile. Je me cogne partout car je perds l’équilibre. Je dois m’agripper à tout. Quand, pour aller aux toilettes, il faut se tenir fermement d’une main et baisser les culottes de l’autre tout en visant juste, c’est un exploit en soi. Ça prend toute mon énergie à me tenir. J’ai l’impression d’être dans des montagnes russes qui n’arrêtent jamais.
Comme je me sentais nauséeuse, il était impensable de lire ou d’écrire, et encore moins de fouiller dans le frigo. Heureusement Stéphane était plus fonctionnel et nous apportait à manger.

La première nuit fut tout de même magique. C’était plus calme et je me sentais mieux. Le vent du sud-ouest a tourné du nord-ouest, ensuite du nord, pour nous arriver du nord-est. La mer s’est momentanément aplatie. Nous avions donc beaucoup moins de vagues. Par contre, le courant du Gulf Stream nous ralentissait et on a dû partir le moteur pour aider les voiles. On a croisé quelques orages mais rien de sérieux. Notre inquiétude était pour le refoulement des toilettes. Malgré le flush en mer, les restants du réservoir remontait dans la toilette. Nous avons du pomper à chaque 15-20 min pour une partie de la nuit avant que ça se règle. 


De la seconde journée à la cinquième, nous avons gardé le même cap et la même allure. Voilé partiellement (1 ris le jour et 2 ris la nuit) ou seulement avec le génois, le vent était à 20kts avec rafales a 25-30kts. Nous étions babord amure. Comme nous étions au portant (vent qui pousse sur le côté arrière), heureusement le bateau ne gitait pas trop. Nous avons apprivoisé cette mer rapidement. Nous avions confiance au bateau, ainsi qu’à notre pilote automatique. Ambition 1 réagissait bien aux vagues, gardait son cap, et on sentait un bon équilibre dans son élan. Il surfait sur les vagues, et on atteignait même des pics à plus de 9kts/h. Je n’avais pas trop peur, j’étais simplement incommodée par le mouvement, les bruits et la force du vent. J’étais incapable de dormir 2 heures d’affilées donc les quarts de nuit étaient courts. J’aime tout de même la navigation de nuit. Le ciel était dégagé pour le reste de la traversée et toujours rempli d’étoiles. On voit du plancton phosphorescent dans les remous que le bateau fait en avançant et c’est spectaculaire. On a croisé à peine quelques cargos, et de loin en plus. Donc rien de particulier sur notre passage. Mais le vent ! Si puissant, bruyant, qui peut être inquiétant parfois, mais qui est aussi notre meilleur ami.  En mettant les panneaux du côté d’où vient le vent, nous étions protégés. C’était plus confortable et plus chaud. Nous avons eu des conditions particulièrement chaudes : en manches courtes le jour et à peine un chandail long ou un coupe-vent la nuit. Il est quand même difficile de garder l’œil constamment ouvert lorsqu’on est seul la nuit. Nous n’avons pas besoin de barrer, on peut donc s’installer confortablement en s’allongeant dans le cockpit. On a seulement à regarder les instruments à toutes les 5-10 min pour s’assurer que la girouette indique que le vent est toujours dans la bonne direction, que la vitesse et le cap sont constants, et que le radar n’indique pas d’obstacles en vue. On veille sur l’horizon pour s’assurer qu’on ne voit pas de bateau illuminé au loin. On tend l’oreille pour s’assurer que les voiles ne faissaillent pas.  Mais à part ça, c’est l’inaction qui nous fait fermer les yeux. Autant j’ai de la difficulté à dormir lorsque je suis dans le lit car tout bouge, autant il est difficile de se tenir réveillée lorsque je suis seule dans le cockpit. Le coucher du soleil arrive vers 18h30 et le lever vers 7h. Mais c’est surprenant comment les nuits passent vite. On grignote, on boit beaucoup d’eau, et on tente de dormir à tour de rôle. 

Stéphane avait la hantise que quelque chose brise pendant la navigation. Comme le bateau est sollicité à son maximum en mer, sur une longue période, tout peut briser. On doit s’attendre à des bris et s’y préparer. C’est stressant pour le capitaine mais ça fait partie de l’aventure.

Mon capitaine a été moins malade que moi et a pu, heureusement, bien manger et mieux dormir. Malgré ça, il a trouvé l'expérience pas aussi joyeuse qu'il l'aurait voulu. J’étais vraiment déçue de ne pas être aussi fonctionnelle que lui sur le bateau. J’avais perdu mon énergie, et les nausées me rendaient la vie dure.  J’ai commencé à me sentir mieux seulement à la dernière nuit et à l’approche des Bahamas…On m'a dit plus tard que pour une traversée de 4 jours ou de 8-10 jours, je commencerai toujours à me sentir mieux après la 4e journée... Faudrait que je m'y fasse...

Nous avons parcouru un total de 590MN : jour 1 = 120MN, jour 2 = 150 MN, jour 3 = 170 MN, jour 4 = 150 MN.  Nous avons trouvé cela exigeant, malgré que les conditions étaient parfaites pour cette première traversée. Nous sommes donc inquiets de savoir que ça peut être nettement plus difficile… La vue de la terre ne m’a pas fait l’effet qu’on voit dans les films. Malgré tout, de voir la mer passer du bleu foncé profond au bleu turquoise clair, c’est enivrant car on sait que nous sommes arrivés dans les pays chauds !

Nous avions prévu arriver au port d’entrée de Spanish Weil. Stéphane a plutôt opté pour une petite île déserte, à 6 MN de là, Royal Island. On se reposera et nous irons faire les papiers de douanes le lendemain. Nous sommes entrés dans une petite baie bien protégée, personnes aux alentours. Aussitôt l’ancre jetée, on s’est lancé à l’eau, nus, pour savourer cet instant magique. L’eau était fraîche mais quand même confortable. Stéphane a rapidement mis son masque et ses palmes pour une inspection de la coque et du safran. Il régnait à bord une allégresse, une fierté d’être arrivés, une légère euphorie de ne plus, enfin, se faire brasser. Bref nous étions heureux d’être arrivés et de commencer enfin le vrai voyage. Ce fût de très courte durée…

A peine une heure après avoir jeté l’ancre, j’envoyais un Airmail par la radio HF à Benoit ainsi qu’à ma mère, leur annonçant notre arrivée, et les rassurant que tout s’était bien passé, et que surtout, les efforts pour y arriver en valaient la peine !  Dans mon envoi, j’ai aussi reçu un message, le genre de message que tout le monde redoute : il fallait que j’appelle le plus rapidement possible à la maison, quelque chose de grave était arrivé ! Mes filles me signifiaient, entre les lignes, que leur frère Julien était en cause. Un coup de bâton de baseball arrivant en pleine figure… Les entrailles qui veulent exploser… Le cœur qui arrête de battre… Je suis incapable de reprendre les communications par le HF, la station ne transmet plus, c’est une torture…

On décide donc de se déplacer à Spanish Weil pour avoir accès à du wi-fi. Je dois impérativement parler à mes filles (Martine 29 ans ou Marianne 26 ans) ou à leur père. En entrant dans l’étroit chenal qui mène au port, les bouées sont remplacées par 2 poteaux blancs dont on ne distingue pas vraiment la signification. L’ouragan Mattews ayant emporté les bouées, nous devions nous fier à des signes non familiers. Malchance, inexpérience, émotions et fatigue, nous avons échoué. Incapable de se sortir de là.

La marina nous envoie un homme avec son bateau tenter de nous tirer d’affaire, sans succès. Je suis donc prise sur un bateau échoué, et on m’annonce que je dois attendre la marée haute en soirée avant de pouvoir parler à Montréal. J’implore de pouvoir faire un appel et l’homme me donne gentiment son cellulaire pour que j’appelle. Le pire était bien arrivé. Mon fils, a été trouvé mort dans son lit, par son père, la veille. Ma fille pleure. Je ne comprends pas. On ne sait pas comment il est mort, mais ce n’est ni un suicide, ni la drogue, ni un assaut ou mort violente. Mort naturelle, même si ce n’est absolument pas naturel de mourir à 22 ans, lorsqu’on est en pleine forme, jouissant de la vie, avec des projets à profusion devant soi…  

Stéphane doit aller aux bureaux des douanes, et je dois demeurer seule sur le bateau…Je ne réalise pas ce qui se passe. J’ai beau me répéter que mon petit homme est mort, je suis incapable de réagir. Je prends une douche rapide et fait un petit bagage car je veux aller prendre l’avion sur le champ. Stéphane revient enfin et me signifie que j’ai aucune chance de quitter l’île aujourd’hui. Tout est prévu pour mon transport vers Montréal le lendemain.  J’ai pu quand même aller à terre, et parler à mes proches qui avaient appris la terrible nouvelle avant moi. 

On doit sortir le bateau de sa fâcheuse position. Plus tard, un autre gars vient nous aider. Avec son bateau, il nous tire beaucoup trop fort, et le safran se brise complètement. Le safran s’est détaché de la coque et je le vois flotter à la dérive. C’est irréel. Je me crois dans un mauvais film, ou un cauchemar. Je dois aider Stéphane et je fonctionne comme au ralenti. On réussit à se faire remorquer jusqu’à un endroit sécuritaire pour la nuit. Le gars nous aide à installer une ancre en avant et une autre à l’arrière, afin de fixer le bateau pour ne pas qu’il pivote car c’est trop étroit. Il est 11h du soir, je ne cesse de me répéter que mon fils est mort, sans trop y croire, sans comprendre l’ampleur de la situation. Je ne dormirai pas et je me blottirai dans les bras de mon homme, car je tremble de tout mon corps. Les gens de cette petite île nous seront d'un bon support car la mauvaise nouvelle à rapidement fait le tour...

4 Novembre

Ce fût une journée pénible et je ne sais pas comment j’ai pu passer au travers. A 5h30, je prends un water-taxi qui m’amène sur une île voisine. Je prends un taxi qui m’amène à un aéroport. Je prends un avion de brousse qui m’amène à Nassau. Je prends un vol jusqu’à Toronto et ensuite arrivée prévue à Montréal pour 18h. J’ai eu 4h à attendre à Nassau. Enfin j’avais du wifi. J’ai pu communiquer par Facetime ou Messenger avec mes proches. Ma fille Marianne était à Vancouver attendant son avion pour une arrivée à Montréal à 17h.  Le père de mes enfants qui était inconsolable. Ma mère, mon père, ma grande amie, la copine de mon fils… Je pleure enfin toutes les larmes de mon corps. Un étranger qui me voit pleurer s’approche pour m’aider. En apprenant ce qui m’arrive, il me prend dans ses bras et pleure avec moi…

Stéphane devait trouver une solution pour réparer le bateau. Il était impossible de laisser Ambition 1 ancré à l’endroit où il était. On devait sécuriser le bateau et commencer les démarches pour faire remplacer le safran. Stéphane viendra me rejoindre à Montréal 2 jours plus tard. 

L’aventure du bateau était interrompue promptement, mais j’avais déjà rassuré mon capitaine, que nous allions revenir. Pour moi, je savais déjà que je devais poursuivre. Mon fils, qui nous trouvait tellement « hot » de faire ce que nous avions entrepris, serait déçu de savoir que j’abandonnais notre grand projet. J’ai la chance d’avoir une famille tissée serrée. Nous avons passé beaucoup de temps ensemble à se consoler. Le service funéraire a eu lieu le mercredi, 9 novembre. Une très longue journée mais je suis reconnaissante de tout le réconfort et le support que j’ai reçu. Nous avons célébré la vie de Julien, avec les nombreux jeunes : ses amis qui l’aimaient tant. 

Je serai de retour aux Bahamas prochainement, et je vous donnerai de mes nouvelles sous peu.