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dimanche 12 mai 2019

Les Marquises - la suite




Hiva Oa

Nous avions atterries dans cette île et n’avons pas bougé pendant 15 jours. Ça nous a pris tout ce temps pour remettre le bateau en ordre, et surtout nous remettre de notre traversée.  Ce qui est agréable de rester un peu plus longtemps à un endroit c'est qu’on se familiarise avec l’espace et avec les gens.  On croise les mêmes navigateurs au quai à dinghy et à la terrasse de chez Sandra (nommé le Sémaphore) pour prendre un jus et profiter du wifi. Les mêmes villageois à la station d’essence, aux petites épiceries, au bureau des postes, on recroise les mêmes gendarmes avec qui on a fait nos formalités d'entrées, et qui nous reconnaissent!

Nous avons beaucoup apprécié retrouver nos chers amis de Frimousse après la traversée. Nous avons passé de belles soirées ensemble à se recevoir pour souper ou simplement à jouer aux cartes. Avec eux, nous avons loué une voiture pour découvrir les paysages grandioses de l’ile, les quelques villages sur les autres rives, et manger les spécialités locales : ragoût de sanglier sauvage, émincé de chèvre a la noix de coco, thon cru au lait de coco, riz, frites du fruit de l’arbre à pain, jus de mangues, et desserts typiquement locaux.

L’île accueille 2500 habitants sur un total d'environ 9500 habitants pour toutes les Iles Marquises. Nous avons apprécié visiter les quelques sites archéologiques qui comportent des lieux de culte et des tikis (statues de pierre qui évoquaient leurs dieux). Selon l'histoire, les Marquisiens pratiquaient autrefois le cannibalisme avec leurs prisonniers de guerre. Heureusement qu'ils nous ne regardaient pas avec des yeux gourmands!   










On cueille nos pamplemousses...






L’expérience que j’ai vécue ici et que je garderai en mémoire très longtemps est ma participation à des cours de danse polynésienne. Sophie et moi avons assisté à 2 séances avec une prof et une quinzaine de femmes du village. Ces marquisiennes, dont certaines sont particulièrement jolies, dansent depuis qu’elles sont toutes petites. Quelques françaises provenant de la métropole et qui habitent ici par le travail de leur mari, participent aussi. Elles se préparent pour un spectacle en juin. Elles nous ont accueilli chaleureusement,  nous ont intégré au groupe gentillement, et nous ont encouragé à suivre les mouvements. C’était très physique et on suait à grosses gouttes! Sophie et moi suivions du mieux qu’on le pouvait, sans trop distraire les autres. Je découvrais cette danse si belle, et à chaque nouveau mouvement, j’exaltais de surprise et de bonheur. Je me sentais comme dans un film. Quel privilège de vivre ça!




Sur cette île, nous avons trouvé les gens plus chaleureux et accueillants que dans d'autres îles. On remarque ici une joie de vivre généralisée, un esprit de famille et une communauté très proche. Tout le monde nous dit bonjour, veulent nous aider, et semblent apprécier notre visite. Ils sont toujours de bonne humeur.

Fatu-Hiva

Fatu-Hiva est l’île la plus au sud des Marquises. La baie des Vierges est réputée être une des plus spectaculaire baie au monde selon les anciens navigateurs français. Nous avons été éblouis et enchantés par le paysage. Des montagnes majestueuses nous entouraient et des villageois sympathiques nous ont accueillis. Nous avons pu faire de belles randonnées en plus d'aller manger chez l'habitant. Quelques familles offrent aux visiteurs la possibilité d'aller souper chez eux, moyennant un prix fixe. Ce fût une belle soirée et les jeunes nous ont parlé de leur vie ici et de leur rêve de continuer a s'occuper de la ferme de leur père...











Lors de rares passages de petits bateaux de croisière venant de Tahiti, les habitants sont encouragés (et payés) pour bien accueillir les visiteurs. Nous avons eu la chance d'être présents lors d'un de ces passages et avons beaucoup apprécié les traditions marquisiennes.







Les petits villages comme ici a Omoa sont peu peuplés mais toujours très propre (contrairement aux Caraibes!) et remplis d'arbres fruitiers. Les pamplemousses et les bananes poussent a profusion présentement et on s'en fait donner. Ce n'est pas encore la saison des mangues mais les manguiers poussent ici partout, dans les jardins, sur le bord des chemins, en forêt. Ils produisent plus que les habitants peuvent en manger et ça nourri les poules en liberté, les chèvres et les cochons sauvages!







Tahuata

De retour vers le nord, on s'est arrêté a l'ile de Tahuata. Premier mouillage, la baie de Vaitahu. C'est dans cette baie que j'ai eu le grand bonheur de nager avec des dauphins. Un matin très tôt, nous avons vu pas moins d'une centaine de dauphins dans la baie! On les voyait se nourrir au travers de grands bancs de poissons. On a tout de suite mis le dinghy a l'eau et les avons approché. Ils s'amusaient a sauter juste devant l'étrave de notre annexe. On a pris nos masques et tubas et on est aller les rejoindre. Des dizaines nageaient autour et sous moi. Je les entendais presque chanter! L'eau était pour une rare fois très claire alors on les voyait très bien. Moment magique! (pas eu le temps de prendre la GoPro pour les filmer par contre...dommage pour vous chers lecteurs!).

Nous avons fait de belles promenades dans le village et des rencontres intéressantes avec les locaux. Nous avons, a nouveau, assisté a l’accueil chaleureux des habitants pour des visiteurs d'un bateau de touristes.








Un peu plus loin, la baie de Hanamoenoa... difficile de se retrouver avec ces noms exotiques! Une des rares plages de sable, déserte, ou un gars assez particulier y habite depuis des années. Il vit dans une petite cabane, sur le terrain de sa famille, et entretien un jardin de fruits. Il semble vivre de façon extrême simple, vraiment isolé. Se rendre a pied au village lui prend 5h! Je lui ai offert de l'eau. La saison des pluies se fait attendre ici et sa source d'eau est a sec. Il est donc venu a notre bateau en pagode, et on lui a rempli son bidon de 30L d'eau de notre réservoir. Il nous a gentiment offert plein de fruits de son jardin. Quel bel échange!



Voici la fleur emblématique de la Polynésie, la fleur de tiare. Elle pousse partout et dégage un magnifique parfum. Elle est souvent beaucoup portée sur l'oreille. Je viens de lire que cette fleur, portée a l'oreille droite, veux dire que vous êtes célibataire. Portée sur l'oreille gauche, vous êtes marié ou en couple. Portée sur les 2 oreilles vers l'avant, vous êtes marié mais encore disponible (!). Et portée vers l'arrière, vous êtes disponible immédiatement...


Nuku-Hiva

Une demi journée plus une nuit de navigation vers le nord et nous voila arrivé a l’île Nuku-Hiva. Nous sommes dans la baie principale de Taiohae. Malgré que cette île est la plus peuplée des Marquises, la longue rue entourant la baie est si longue et les bâtiments si dispersés, qu'on ne retrouve pas de centre, pas de vie de quartier, malheureusement. Les gens ici sont probablement plus habitués (et blasés) de voir des touristes alors personnes ne nous parlent. On nous salue seulement si nous les saluons d'abord. C'est surprenant de constater la différence d'avec les autres îles. Toutefois, l'approvisionnement en fruits et légumes, viandes, baguettes et fromages est un tout petit peu plus accessible... On a pris le temps de se déplacer dans la baie d'Anaho et de Daniel's Bay pour découvrir d'autres décors, tous plus impressionnants les uns que les autres. On a aussi loué une voiture pour faire le tour de l’île. Des paysages très diversifiés nous attendaient (forêt tropicale, foret aride, désert).


















L'envers de la médaille

Je reçois beaucoup de commentaires mentionnant que nous sommes chanceux d'être ici, que nous sommes au paradis... Effectivement nous sommes privilégiés de voir toutes ces beautés. Mais il y a toujours un autre côté de la médaille de vivre sur un voilier. La navigation est la première difficulté. De se rendre ici est un grand effort. Mais de naviguer proche des îles est encore pire. Les montagnes font des venturis et on reçoit des coups de vent difficile a gérer. Sans compter la mer très désorganisée tout autour des côtes. Des vagues puissantes et toutes croches, des clapotis de tout bord tout côté, des courants, rendent la navigation désagréable. 

Que dire des mouillages! On reçoit la houle du large et les ondes nous fait rouler constamment. On se sent parfois comme dans une grande chaise berçante. On ne peut laisser ni un verre, ni un objet, sans le sécuriser d'abord. C'est plus difficile de dormir dans ces conditions. Il arrive que le fond, comme a Fatu-Hiva, est un sol de roches, très difficile pour accrocher l'ancre. C'est stressant de savoir qu'on peut chasser a tout moment. Et lorsqu'il y a trop de bateaux dans une très petite baie, on est tous ancrés trop proches et on a peur de heurter un bateau en tournant. Il arrive que Stéphane passe quelques heures la nuit dans le cockpit a surveiller les mouvements...

Nous avons toutes les tâches d'entretien a faire. L'approvisionnement est souvent un défi. En plus de la chaleur! C'est insupportable! Jour et nuit...Je me sens mal a l'aise de me plaindre avec l'épouvantable hiver et le printemps tardif qu'on vit au Québec mais j'ai de la difficulté a tolérer cette grande chaleur. Bref ce n'est pas toujours de tout repos. Oui on vit des moments extraordinaires. Mais on gagne notre paradis... Tant que les efforts demeureront moindre que les moments de bonheur de vivre autour du monde sur un voilier, on poursuit ce voyage. Mais il arrive qu'on trouve ça plus difficile qu'on le croyait au départ...

On part demain vers l'Archipel des Tuamotus. C'est d'autres paradis qui nous attendent. Des atolls d'un bleu turquoise merveilleux, avec des poissons a profusion et des plongées a faire exceptionnelles. Mais il y a les étroites passes a prendre, avec de gros courants, peu d'eau, des patates de corail partout aux mouillages. On doit prévoir l'heure d'arrivée selon les marées, et selon le soleil haut dans le ciel pour voir et ne pas passer sur les coraux... bref il y en a pas de facile!